Milliere Guy - dimanche 19 février 2006
Plus le temps passe, plus il devient clair que la question iranienne sera au centre des débats internationaux au cours de cette année. Il devient chaque jour plus clair aussi que l’Europe vit mentalement dans un monde parallèle, sans relation avec la réalité concrète du monde.
Les ministres des Affaires étrangères européens ont dernièrement déclaré que la situation devenait alarmante et que nous nous trouvions dans une impasse. Très bien. Mais il serait mieux de reconnaître que la situation est alarmante depuis des années déjà et que prétendre débattre sur le terrain diplomatique avec le régime de Téhéran était une impasse dès le commencement. C’est il y a trois ans déjà que le gouvernement américain a dit qu’il fallait agir fermement, donc dès le moment où l’Iran a admis avoir repris ses activités nucléaires.
Le trio européen, emmené à l’époque par Dominique de Villepin, a voulu procéder plus « subtilement ». Les dirigeants iraniens ont compris qu’ils pouvaient utiliser cette prétendue subtilité pour avancer leurs pions. La diplomatie européenne, de fait, a abouti à des résultats très concrets : elle a freiné l’action des Etats-Unis ou d’Israël, elle a permis à l’Iran d’avancer, et même de se préparer à des sanctions éventuelles.
Ce qui va suivre maintenant sera vraisemblablement une autre impasse. La « question iranienne » sera enfin transmise au Conseil de Sécurité de l’ONU. Avec ce retard de trois ans qui change tout ou presque. On peut gager que les Etats-Unis prendront position en faveur de sanctions très strictes, mais que les Européens, fidèles à eux-mêmes, feront tout pour que les contraintes ne risquent pas de nuire aux intérêts immédiats de l’Union européenne.
Même si les Etats-Unis et les Européens parvenaient à se mettre d’accord sur un texte, il resterait encore à convaincre la Russie et la Chine pour qui tout ce qui affaiblit l’Occident semble bon à prendre. Cet enlisement fait de débats interminables et d’inaction pourrait durer des mois. Et ces mois pourraient être, dans le contexte actuel, tout ce dont l’Iran a besoin. Dès lors que le pays le plus directement menacé par le nucléaire iranien sera Israël et que la survie d’Israël n’est pas un souci important pour une bonne part des puissances du monde, et dès lors que l’obsession d’entraver les Etats-Unis l’emporte assez nettement en Europe sur les considérations rationnelles, il faudrait expliquer aux Européens ce qu’ils ne veulent pas voir aujourd’hui : que l’Iran constitue une menace directe pour eux aussi. Traduire les propos d’Ahmadinejad en leur intégralité serait œuvre utile en ce sens. C’est tout l’Occident, et même le monde arabe modéré, qu’il voudrait effacer de la carte ou soumettre.
Il serait nécessaire d’insister sur les propos où Ahmadinejad semble très proche de la maladie mentale, parle du retour du douzième imam et de l’apocalypse imminente qui assurerait enfin le règne planétaire de l’islam, avec mise à mort dans l’intervalle d’un tiers de l’humanité. Si l’Europe était enfin convaincue, il resterait à convaincre la Russie de ce qu’un régime islamiste et atomique sur son flanc sud ne serait pas sans conséquences pour l’expansion de l’islam militant en Asie centrale, aux portes même de la Russie. Si la Russie était convaincue, il resterait à convaincre la Chine que des gens comme Ahmadinejad sont imperméables au calcul rationnel et ne pourraient qu’être nuisibles à moyen terme aux ambitions de la Chine.
Il faudrait en parallèle prévoir d’autres options. Des frappes contre l’Iran devront être envisagées. Le nucléaire iranien étant largement disséminé, une opération militaire ne pourrait l’anéantir complètement. Les ripostes iraniennes devraient être prises en compte : envoi de missiles, blocage du détroit d’Ormuz, activation de cellules terroristes dormantes. Une opération militaire plus probable frapperait l’appareil répressif du régime. Le problème fondamental n’est en effet pas tant le nucléaire que le régime iranien.
Des moyens nucléaires aux mains d’un gouvernement modéré, cela pourrait se concevoir à la rigueur ; des moyens nucléaires aux mains de fanatiques, c’est totalement inconcevables. L’ennemi, ce sont les fous fanatiques. Le peuple iranien a besoin d’en être délivré au plus vite. Sa délivrance sera aussi la nôtre. Comprenons-le, expliquons-le, et cessons de perdre du temps !
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