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Jackson : mort de l’icône multiraciale |
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Bonnal Nicolas - mercredi 01 juillet 2009
Michael Jackson est mort ! – Michael qui ? On se demande quel chrétien assez retiré du monde peut être aujourd’hui assez fortuné pour ignorer ce onzième commandement de la société spectaculaire : tu n’adoreras que l’idole du pop, tu n’adoreras que la panthère blanche, tu n’adoreras que l’archétype platonicien de la société post-historique. On peut toujours s’en moquer, me répondra-t-on avec mépris… Je crois que justement, dans cette histoire, seuls les imbéciles ne se préoccuperont pas de ce phénomène crépusculaire.
Commençons par l’envers, par sa disparition : plus rumeur que moi, tu meurs ! A-t-il été tué par ses médecins ? S’est-il suicidé pour éviter une épuisante tournée ? S’est-il mal médicamenté par mégarde ? L’un de ses créanciers lui en aurait-il voulu à la veille de ses concerts tous préachetés ? Toujours est-il que sa mort est incompréhensible, comme la guerre en Irak, comme le 11 septembre, comme la chute de l’Airbus de Rio, comme l’affaire Madoff et le reste (la pandémie, le tsunami, les subprimes…). Le Pierrot lunaire et planétaire s’en est allé et nous devons tous faire comme si Ben Laden faisait du saute-chameau dans le Karakorum… Dont acte. Pleurons en chœur avant de bombarder l’Iran !
J’ai dit qu’il était endetté. J’ai déjà parlé de la dette immonde (debitum, le péché dans notre Pater), dont « Jacko » était recouvert jusqu’au cou, jusqu’à la nausée… Il avait beau avoir acheté à bas prix le catalogue des vieux briscards de Liverpool (dont la figure de proue avait aussi mal terminé), il dépensait désespérément plus qu’il ne gagnait : trois millions de dollars ou plus – mensuellement s’entend ! Michael était l’archétype du ménage dérangé et surendetté, l’acheteur compulsif, le Sganarelle ahuri de la société de surconsommation. Les gouvernements surendettés de nos démonocraties, les ménages immobilisés à vie par leur immobilier à 100 dollars se reconnaîtront bien sûr dans ce capitalisme de catastrophe et attendront encore longtemps pour leur rédemption, le rachat de leur faute.
Et puis notre modèle était exemplaire : il voulait vivre dans un parc d’attractions entouré d’enfants. L’âge mental était resté de douze ans, sans doute moins. Il fallait des palmiers jaunes, des kangourous bleus et des éléphants verts, et ensuite touchoter des enfants vicelards dont les parents cyniques extorquaient ensuite des millions de dollars pour ne pas aller jusqu’au procès…
Jacko était méchant, cela s’entend, sous son vernis pédomane et humanitaire. Il devient l’icône multiraciale des années Reagan (qui se réclamait de John Wayne ou Bing Crosby…) en insultant la Dirty Diana, en célébrant la lycanthropie dans Thriller (filmé par John Landis, le plus sinistre cinéaste de l’époque), en intitulant ses albums Bad (le Mauvais) ou Dangerous… Que demander de mieux ? Notre entité astrale et paradigmatique invente aussi le Moonwalking, danse lunatique et spectrale, sur fond d’hymne au « smooth criminal » (le criminel suave) qui mieux qu’aucune autre précipite l’avènement de l’homoncule virtuel et viral : un Charlot revisité par le regretté Baudrillard.
J’ai dit multiracial : le mot ne fait plus recette, et ce grâce à l’icône défigurée, qui a imposé en dix ans le métissage planétaire et la destruction au morphing et à la chirurgie esthétique de toutes les cultures, y compris des tiers-mondes. L’homme-phare de la décennie financière a symbolisé cette confluence culturelle généralisée d’où ne surnageraient que l’adoration du fric et la pleurnicherie humanitaire (« We are the world »…). Lui-même, en se blanchissant lunairement, n’a fait que nous montrer le prix à payer pour l’engagement égaré de son âme dans ce domaine. Car on a bien l’impression d’un sacrifice humain dans cette histoire. Et si Jacko avait payé pour d’autres sub-crimes ?
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