Lance Pierre - samedi 17 janvier 2004
Je citais dans mon avant-dernier article la phrase stupéfiante de Jean-Louis Borloo, Ministre de la Ville, déclarant sans ambages au micro de RMC : « La France est un pays du Maghreb ». Or, un de nos lecteurs me fait observer que, selon « Le Figaro » du 29 octobre 2003, Jacques Chirac aurait déclaré à Philippe de Villiers, lors d'une visite de celui-ci à l'Élysée : « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ».
J'en déduis que notre Président n'a pas la moindre idée de ce que sont les « racines » des civilisations, ce qui est tout de même inquiétant quand on est un Chef d'État.
Comme il n'est certainement pas le seul à tout ignorer du sujet, je rappelle ici que « racine » et « race » ont la même… racine, précisément. Car la racine, qu'il s'agisse de plantes ou de peuples, a primordialement un caractère génétique et terrien. Elle désigne l'élément qui plonge le plus profondément dans le passé ethnique et dans le terroir originel de la communauté vivante considérée.
Les racines désignent aussi les premiers vocables (le plus souvent de simples onomatopées) par lesquels les membres d'une communauté primitive ont commencé de communiquer entre eux, et qui sont l'origine des vocabulaires plus complexes qui se sont élaborés au fil des âges. On appelle « racine » d'un mot la syllabe antique (généralement préhistorique) dont il dérive et dont dérivent ses cousins dans les diverses langues d'un groupe linguistique continental. Ainsi est-ce la racine indo-européenne « wrad » qui nous a donné à la fois « race » (par l'intermédiaire de l'italien « razza » ou directement du latin « radix ») et « racine », mais aussi « radical », « radis », « radicelle », « éradiquer » (dans le sens de déraciner)…
Quand un homme parle de ses « racines », il parle évidemment du terroir dans lequel se sont « enracinés » ses plus lointains ancêtres dans la nuit des temps. Et ce lien multiséculaire se traduit assez souvent dans le patronyme qu'il porte ou dans le toponyme du village dans lequel ses aïeux sont nés. Jacques Chirac en est l'exemple même, car chacun sait que ses racines sont corréziennes et qu'il porte le nom de trois de nos plus vieux villages gaulois : Chirac-Bellevue en Corrèze (près d'Ussel), Chirac en Lozère (près de Mende) et Chirac en Charente (près de Confolens).
Une greffe n’est pas une racine
Est-il besoin de dire que si un citoyen français d'origine espagnole ou polonaise, par exemple, même de troisième ou de quatrième génération, parle de ses « racines », il parle du pays de ses ancêtres non français, et rien n'est plus naturel. On se souvient du livre « Racines », de l'écrivain noir américain Alex Haley, paru en 1977, et dont fut tiré un feuilleton télévisé célèbre dans le monde entier. Cet arrière-petit-fils d'esclaves déportés y parlait-il de sa religion ou de sa culture ? Non, bien sûr. Il y parlait de ses racines africaines ancestrales, évidemment.
Les racines sont donc avant tout ethniques. Cependant, de l'ethnie à la culture, la frontière est souvent imprécise. Il est évident que la langue, née elle-même du tempérament ethnique, devient à son tour la racine de la culture. Mais qu'en est-il des religions ?
Tous les peuples du monde ont été païens (et le sont encore pour une large part, plus ou moins déguisée ou recouverte), mais chacun avait son paganisme propre, « enraciné » dans son terroir. (Le mot français « païen » vient de « pagus », qui nous a donné aussi « pays » et « paysan »). En revanche, les religions monothéistes : judaïsme, christianisme, islamisme et toutes trois nées en Palestine, n'ont surgi d'aucun terroir, ne sont les racines de personne et ne sont rien d'autre que des greffons idéologiques, des entreprises intellectuelles impérialistes et despotiques n'ayant d'autre but que d'asservir les esprits, de les mixer, de les métisser, de les mondialiser et de couper les humains de leurs racines authentiques, ou bien d'annexer celles-ci quand elles ne peuvent les détruire.
Les racines des Européens sont celtiques, germaniques, helléniques, latines et slaves. Elles ne sont en aucune façon chrétiennes, et musulmanes moins encore. Tout au plus peut-on parler de « cultures » chrétienne ou musulmane, car dix ou quinze siècles laissent forcément des traces. C'est ce qui avait fait prononcer au Pape Pie XII cette phrase : « Spirituellement, nous sommes tous des Sémites ».
Mais les Européens se débarrassent peu à peu du greffon judéo-palestinien et retrouveront, je l'espère, leurs vraies racines avant la fin du présent demi-siècle. v
(Les lecteurs intéressés par ces questions de « racines » pourront se reporter à mon livre « Alésia, un choc de civilisations », qui paraît ce jour même aux Presses de Valmy).
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