Rouxel Jean - dimanche 05 juin 2005
Les résultats du référendum sont désormais connus et ils sont sans appel: 54,96% pour le non et une large participation (69,7%, sept points de plus qu’au premier tour des régionales). Bien des enseignements peuvent être tirés de ce score: on peut noter que le couple franco-allemand est en panne; on peut enregistrer le décalage entre les élites et le peuple; on peut constater que la gauche de gouvernement est dans un état encore plus catastrophique que le gouvernement Raffarin; on peut encore tirer des conclusions sur l’impact de la propagande médiatique, désormais à contre-emploi; on peut aussi se féliciter d’avoir vu naître le premier grand débat européen… Tout ceci a été largement commenté depuis dimanche soir. Mais une chose est sans doute plus déterminante encore pour l’avenir du pays: le poids de l’extrême gauche et la connivence culturelle que Jacques Chirac entretient avec elle. Car la victoire du non, que l’on s’en félicite ou qu’on la regrette, est d’abord l’œuvre de l’extrême gauche. Et cette victoire est, beaucoup plus qu’une victoire électorale, une victoire sémantique: l’extrême gauche est parvenu à faire de “l’Europe libérale” un sujet de discussion crucial, contraignant chaque camp à se battre pour un oui qui épargnerait la “concurrence sauvage” aux salariés français, ou pour un non à “l’ultralibéralisme”. S’il y a des perdants dans ce résultat, ce sont bien les libertés économiques. Jacques Chirac, qui porte la principale responsabilité dans la défaite du oui, porte surtout la principale responsabilité dans cette orientation absurde de la campagne. Car il était bien évident que la Constitution ne pouvait rien à la mondialisation, qui est un fait préexistant! On aurait donc fort bien pu imaginer une campagne ignorant ce “non-sujet” de l’Europe libérale. S’il n’en a pas été ainsi, cela tient certes à l’attitude défensive du oui de gauche, mais cela tient, plus encore, à l’invraisemblable campagne du oui de droite. À aucun moment, celui-ci n’a revendiqué les réelles réussites de l’Union européenne – quand la France peine si visiblement à se réformer… Toutefois, Jacques Chirac n’a pas seulement mal mené cette campagne; il est principalement un complice “culturel” de cette ultra-gauche. On n’a donc aucune peine à imaginer que les deux années qui viennent seront des années de “cogestion” entre le nouveau gouvernement et cette extrême-gauche!
8 commentaires - Ecrire un commentaire
|