Bonnal Nicolas - lundi 01 février 2010
cinema
Avatar rencontre un immense succès mondial, sans égal depuis le Seigneur desAnneaux ou même Titanic, précédent opus de James Cameron, plus grand metteur en scène actuel, au moins du point de vue technique. Pour le reste, le film enfile les lieux communs politiquement corrects comme des perles pas trop rares.
Cameron s'est spécialisé dans le cinéma apocalyptique à forte connotation symbolique. Le pessimisme des temps industriels, le nihilisme ambiant, le complexe de culpabilité de l'homme contemporain « qui détruit la nature », tout concourt à faire de son cinéma l'axe du bien du temps présent.
Si Cameron est passionné de technologie, il est le premier à la dénoncer. En cela il incarne bien la schizophrénie des temps présents. Le cycle des Terminator illustrait très bien cette peur des machines et des golems, destinés à nous balayer un jour. Le thème du Golem a été bien présent durant tout le vingtième siècle, magnifié par Kubrick dans 2001 l'odyssée de l'espace (le fameux ordinateur Hal 9000). Dans Avatar, le golem est à la fois mécanique et humain ; la machine capitaliste a besoin de dévorer de l'énergie et des matières premières, et pour cela elle va exterminer grâce à un méchant colonel et ses jouets guerriers une sublime planète écologique.
Cette planète écologique ressemble comme deux gouttes d'eau à La Forêt d'émeraude, film controversé du grand John Boorman, qui dénonçait déjà dans les années 80 la disparition des tribus indiennes et de l'Amazonie. De ce point de vue, Avatar marque que, comme nous n'avons pas sauvé la planète terre, nous devrons aller en piller d'autres.
Les rites décrits dans Avatar relèvent du paganisme et du chamanisme ; on pourra souligner qu'ils sont proches de ceux de Pocahontas, sortie des studios Disney il y déjà une quinzaine d'années, et qui narrait la destruction de l'harmonieux monde indien par les occidentaux. On y célébrait le même culte des arbres, de l'arbre maison comme de l'arbre de la mémoire. Il n'y a d'ailleurs pas à s'extasier devant de telles trouvailles : les anciens germains célébraient le frêne Ygdrasill, et les Celtes adoraient les arbres et le bois.
Cameron n'est pas John Ford, mais c'est quand même un bon professionnel ; il maîtrise bien le montage, le rythme des combats, il a une bonne culture générale, et dans Terminator, il avait même une maîtrise parfaite des trois règles classiques du temps (la journée), du lieu (Los Angeles), de l'action (la lutte de l'homme et du cyborg). Un autre de ses points forts est justement sa capacité à recycler les mythes messianiques : le Sully d'Avatar est un marine handicapé qui vient sauver les na'vi sur leur propre planète. Il se pose aussi en héros civilisateur, pour reprendre l'expression de Mircea Eliade, sauveur qui vient avec une mission et une technique ; un savoir et un savoir-faire.
On est branché ou on ne l'est pas : Sully se transfère mentalement par un pod chez les na'vi, comme dans Matrix, le grand film didactique de la société numérisée des années 2000 ; mais on rappellera aussi des épisodes de Star Trek ou du Prisonnier, comme L'Impossible pardon, où le thème du Mind Transfer est au cœur des préoccupations du pouvoir.
Enfin, on fera valoir que chez Cameron le méchant a toujours deux têtes : il est militaire et il est commerçant. Le film apparaît comme un clin d’œil liquidateur adressé à la décennie Bush, à ses guerres interminables et à son libre commerce.
La fin d'Avatar est à la fois rassurante (mais oui) et inquiétante, dans la mesure où les colonisateurs humains sont tous expulsés de la planète salvatrice (ils n'ont rien compris, à part le messie et une poignée de savants écolos) et promis à une mort certaine. Cameron fait sienne, et son milliard de spectateurs aussi, l’idée que tôt ou tard, l'humanité va y passer tout entière. Dans Terminator II, la machine devenait meilleure père et plus pacifique que l'être humain. L'être humain n'est pas digne d'être sauvé. Dont acte.
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