Lance Pierre - samedi 20 décembre 2003
La révision des connaissances historiques a toujours existé, et elle est un devoir de probité culturelle auquel l'élite intellectuelle d'un peuple ne saurait se soustraire. C'est un lieu commun de dire que l'Histoire est écrite par les vainqueurs. Mais en fait elle est écrite par ceux qui détiennent un pouvoir quelconque, et aussi longtemps qu'ils le détiennent. C'est pourquoi l'Histoire est toujours réécrite au lendemain d'une victoire ou d'une révolution. Mais cette prétendue « Histoire », qu'elle soit écrite par les vainqueurs ou réécrite, le cas échéant, par ceux qui les ont jeté bas, n'est absolument pas de l'Histoire. Ce n'est rien d'autre que de la propagande à usage immédiat, un immédiat qui peut néanmoins durer longtemps, comme par exemple «l'Histoire » enseignée chez les Soviets, qui dura trois quarts de siècle sans être autre chose qu'un catalogue de mensonges et de falsifications. Ce n'était pourtant pas un record.
C'est ainsi que durant des siècles, on considéra les « Commentaires de la guerre des Gaules » de Jules César comme un livre d'Histoire, alors qu'il n'était rien d'autre qu'un recueil de communiqués adressés par l'auteur durant sa conquête du pays gaulois à ses amis de Rome, afin de justifier ses actions, de magnifier son rôle et de servir habilement ses projets politiques. En fait, il leur « racontait des histoires ». Et il fallut attendre le xviiie siècle et surtout le XIXe pour que la critique historicienne remette enfin ce livre à sa place : celle d'un plaidoyer pro domo sua de la part d'un dictateur insatiable et cynique.
Pourtant, il y a pire encore. C'est le cas où la vérité historique, quoique largement publiée, connue de toutes les personnes cultivées et répertoriée dans toutes les bibliothèques de la planète, ne réussit pourtant pas à supplanter le mensonge traditionnel implanté dans les cerveaux par des siècles d'impérialisme spirituel. Et l'on assiste alors à cet effarant spectacle : des enseignants, des élus, des journalistes, tous, à les en croire, plus fidèles serviteurs les uns que les autres de la sublime Vérité, distillant à longueur de discours, de colonnes et d'antennes une fable littéralement « prise dans la glace », quoique dénuée de tout fondement.
Joyeux Nohel !
Un exemple ? Il s'impose à nous avant les fêtes de fin d'année, au cours desquelles on va une fois de plus célébrer Noël, anniversaire prétendu de la naissance du Christ. Or, qui peut encore ignorer :
1° que cette date de naissance, inconnue à jamais (et que les historiens qui ont analysé la climatique palestinienne décrite par l'Évangile situent en juillet), fut arbitrairement fixée au 25 décembre par le pape Jules 1er au ive siècle seulement,
2° que cette décision n'avait pas d'autre but que d'annexer définitivement au christianisme la grande fête païenne indéracinable du solstice d'hiver, célébrée par presque tous les peuples de l'hémisphère nord depuis dix millénaires au moins,
3° que Noël, en vieux français Nohel, n'a jamais signifié « nativité », mais très exactement Nouveau Soleil, en celtique No Hel, en grec Néo Hélios, désignant ainsi la remontée annuelle du Soleil au-dessus de l'horizon et l'allongement saisonnier des heures de lumière quotidiennes.
Néanmoins, cette vérité, pourtant magnifique, demeure lettre morte, et le pieux mensonge, relayé par le journal télévisé, continue d'embrumer les cerveaux et d'essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En ce qui concerne Nohel, vous l'avez compris, je suis un révisionniste !
Cependant, nos lecteurs catholiques (dont certains n'hésitent sans doute pas à être révisionnistes dans d'autres domaines) vont encore m'accuser d'attaquer
l'Église. Eh bien, pas du tout. Et je peux très bien comprendre qu'au ive siècle, alors que l'empire romain s'effilochait et que les barbares germaniques submergeaient la Gaule, l'Église catholique, seule organisation civile capable à l'époque de maintenir un peu d'ordre dans le chaos, ait jugé bénéfique et légitime de fondre dans son rituel la grande fête solaire à laquelle ni les Gaulois, ni les Francs, ni les autres ne voulaient renoncer.
Mais depuis, il a tout de même coulé un peu d'eau sous les ponts. Et je trouverais honnête, œcuménique et intelligent qu'en ce début de nouveau millénaire, à l'heure d'Internet et du mondialisme,
l'Église rende à l'astre du jour, notre vrai père à tous, la fête qui lui revient. Pourquoi ne reconnaîtrait-elle pas, en toute humilité chrétienne, que la date de naissance de Jésus est inconnue ? Cela n'affaiblirait en rien l'Évangile ! Car le Soleil brille pour tous les hommes, quelle que soit leur religion et même s'ils n'en ont pas. Joyeux Nohel à tous !
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