Bonnal Nicolas - samedi 05 novembre 2011
dette
Les jours se suivent et se ressemblent : on fait bonne impression pour sauver l’euro en nous ruinant théoriquement de mille milliards ; comme les vieux drogués, les marchés rebondissent et puis ils rechutent. Pour sauver l’euro, il faut mettre cinq millions d’Espagnols au chômage, cesser de payer les retraites et les soins de Grecs, il faut aussi asphyxier les Grecs, et il faut s’endetter encore plus, toujours plus. La France des triples buses va perdre son triple A.
Evidemment, Trichet a déclaré, avec le ton agacé et l’anglais de bande dessinée qui le caractérisent, que la réaction de son équipe avait été impeccable. Impeccable c’est-à-dire parfaite et irréprochable : il n’y a rien à dire. C’est Giscard qui parlait jadis à son propos d’incompétence offusquée… Le plat de nouilles de la BCE, paronomase d’abysse, en aura même choqué le prix Nobel d’économie Krugman… ce dernier devrait relire son compère Stieglitz, qui explique très bien dans ses livres le rôle catastrophique des technocrates français à la tête des institutions internationales. Trichet, Lagarde, DSK, La Rosière jadis, Camdessus surtout, l’effarant Camdessus, tout cela offre en effet un panel des plus alléchants.
L’arrogance de nos élites devient aussi affichée que leur incompétence est universelle et tapissée : voyez Obama. Nous verrons avec Draghi, ancien de Goldman Sachs, la banque spécialisée dans l’art de couler les pays qu’elle conseille (aussi bien la Russie d’Eltsine que la Grèce ou la Thaïlande), à quelle sauce nous serons mangés. On ne pourra pas dire qu’on ne nous avait pas prévenus…
Comme il faut rire un peu en attendant de savoir quoi faire des euros qui nous restent (acheter de l’immobilier ailleurs ? En Allemagne même ?), je pense aux Shadocks, vous savez ceux qui pompaient et pompaient à l’époque de Pompidou, quand la France était encore bien gérée. Les Shadocks avaient un livre de proverbes comme tous les grands peuples, et ce livre disait notamment : « quand il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème ».
Il me semble que tout est dit : il n’y a pas de solution au problème de l’euro, donc il n’y a pas de problème de l’euro, cette considération dût-elle ne pas faire que des heureux… On peut en dire de même de l’immigration, de l’insécurité, de la destruction de l’environnement et du reste : le problème est dans la conscience d’un fou, nommé électeur, citoyen ou contribuable, qui s’inquiète pour rien. La solution consiste à nier le problème, comme en Afghanistan, en Libye libérée ou ailleurs.
Continuons : je voyais récemment sur une paire de pantoufles la célèbre position philosophique d’Omer Simpson, certainement plus instructive qu’un énième édito haineux et belliqueux de BHL. Et cette citation donnait en mauvais français : donnez-moi une autre dernière chance !
Eh bien, Omer Simpson est le maître des bras cassés et des fous de Bruxelles qui nous commandent : ils nous demandent chaque semaine une autre dernière chance, comme les socialistes en Espagne qui rêvent de se faire réélire alors qu’ils ont aplati leur pays et mis au chômage un Espagnol sur quatre ! Une autre dernière chance, another last chance ! C’est d’ailleurs votre dernière chance, pas la nôtre !
Il est amusant de penser que, comme souvent dans les temps de catastrophe, de vrai basculement des civilisations (Aristophane, Pathelin, Beaumarchais, même Molière), ce sont les humoristes qui ont raison. Revoyez la pochade intitulée Gremlins, qui date du début des années 80 et qui annonce sous la plume et la caméra du talentueux Joe Dante le crépuscule américain : la montée de la Chine, le triomphe tatillon des avocats, les écarts exorbitants de salaires, l’obsession babélienne des centres commerciaux et des tours, le flicage politiquement correct de la société, le retour de l’orient, mais d’un orient qui n’a vraiment rien de bien spirituel, tout y est. Il y a même le monstrueux tyran, le directeur de revue, le Gremlin travelo qui annonce notre idole mondiale et nationale Lady Gaga.
Quand la tragédie menace, c’est sous la forme auguste de la comédie que la providence prend le soin de nous avertir. De toute manière, comme dirait un Shadock ça sert à quoi de s’affoler avant sur le Titanic ?
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