Bonnal Nicolas - lundi 23 janvier 2012
cinema
Parmi les Français les plus populaires on notait récemment la présence presque inopportune et embarrassante de Jean Dujardin. Sacré imbécile le plus international par la presse dite française et hexagonale, Dujardin est même devenu une star au niveau international, en dansant les claquettes comme un Little Gene Kelly et en imitant sur un plateau américain, avec la rigueur et l’alacrité qu’on lui connaît, De Niro et le chameau. On aura pu constater que De Niro vit depuis quarante ans de ses mimiques et de pas grand chose d’autre.
Dujardin était invité pour son film The Artist, que je n’ai pas vu, où il fait montre une fois de plus de son grand talent mimétique, de son goût du travail et de l’artistique précision de ses gestes et de ses œillades. Cet ancien serrurier –grâces à Louis XVI ! – se présente ainsi comme un surdoué apte pour toutes les disciplines du spectacle.
Jean Dujardin incarne le retour de la qualité française (la réalisation de ses films est impeccable et son équipe fait un grand travail de pro nostalgique) du style français, de la touche française. Il évoque ce faisant le génial Belmondo de L’Homme de Rio ou même le grand Maurice Chevalier, qui était aussi acrobate, ou même Charles Boyer. C’est un vrai enfant de la balle, prêt pour toutes les comédies, pour toutes les dramaturgies et aussi pour toutes les chorégraphies. Il lutte à la manière du masque mexicain (le cinéma mexicain, notamment les westerns, est une perle ignorée des cinéphiles) dans le deuxième OSS, il chante, il danse, il est plus malouf que le malouf dans le premier opus de la série, et il a le toupet en dépit de tous ses préjugés d’apprendre l’arabe et même l’égyptien, et de sympathiser, en bon pied noir, avec tout le monde !
Dujardin introduit dans le paysage médiatique international un Français de bonne facture, capable de nous réconcilier avec notre passé et notre avenir, et même avec les grands films américains de l’âge d’or de la comédie musicale (Gigi, Drôle de frimousse, Un Américain à Paris et j’en passe).
Bien entendu, pour faire passer la pilule à la presse et à l’opinion dite publique, il fallait le présenter comme un imbécile raciste et agressif. C’est l’agent OSS plein de préjugés et de cassoulet, euro-centré mais pro-américain, l’homme d’avant le gaullisme et la décolonisation, ces deux désastres bien français. C’est l’homme des foules et de la poule au pot, l’amateur de Jazy et de René Coty, le gentil Français un peu naïf mais un peu compétent tout de même.
Le présenter comme un imbécile raciste et agressif… C’est ce qui fut fait mais ça n’a pas marché. Tout le monde a été content de l’entendre tabasser le muezzin (« c’est pas bientôt fini ce bordel ? »), délirer avec les Allemands (« Nous les nazis, on peut avoir une deuxième chance ? ») et demander à son Slimane s’il s’occupait bien de ses dix enfants. C’est passé comme une lettre à la poste.
Je ne crois pas d’ailleurs qu’il y avait de mauvaises intentions chez lui ou son excellent réalisateur Hazanavicius, venu des Guignols et de Canal+, dont l’esprit libertaire et provocateur faisait fureur il y a encore dix ans. Mais ce qu’on voulait établir comme parodie, on l’a retrouvé comme vérité. L’accident est le portail de la découverte, disait déjà un Irlandais.
OSS 117 fixe la haine de la postmodernité mondialisée et maladive contre les Français : le gaulois est macho (les filles lui parlent comme des commissaires européennes ou des assistantes sociales), raciste, il est bourré de préjugés, il est antisémite, etc. Mais il est sympathique ! Et ce faisant Dujardin prépare une forme de libération intérieure après trente ans de politiquement correct cinématographique : le film-testament de la vieille France, ce serait Le Marginal de Deray, avec un Belmondo alors en pleine forme – mais pas très drôle. Après, tout a été fait pour nous faire honte ; il nous faut alors des spectres de choristes, de chtimis visiteurs ou d’intouchables pour nous réveiller... Je dis des spectres, pas des êtres normaux.
Je ne connaissais pas Dujardin ni ses très drôles prestations télé – avec sa femme qui plus est – dans l’émission Un gars, une fille. Mais en voyant OSS 117 de retour de périple en 2006, je l’avais vécu comme une forme de libération. Le Pays était libéré du diktat du politiquement correct ; l’humour rabelaisien avait vaincu l’hydre voltairienne. La France n’était plus la lumière du monde du logophore gaulliste, ni le pays des droits de l’homme des enclumes socialistes : elle était enfin elle-même, un pays de chair et de sang, avec ses défauts et ses qualités hénaurmes. Et elle était surtout drôle, comme tous les gens « nature ».
Quant au Lucky Luke national, on pourra dire qu’il est l’homme qui tire plus vite que son nombre de la bête immonde… On verra dans trois mois si le peuple aura compris. Et je crois que oui. Votez René Coty !
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|