Menou Pierre - lundi 02 mai 2011
religions
Lu dans la presse 2
Le rôle de Jean-Paul II dans la chute du communisme à l’Est valut évidemment au pape de dangereuses inimitiés : le 13 mai 1981, le Turc Ali Agca tira sur le Saint-Père. Grièvement blessé, Jean-Paul II échappa à l’attentat miraculeusement : « Une main a tiré la balle, une autre l’a déviée », dit-il.
Mais ses adversaires avaient d’autres armes, rappelle Michel De Jaeghere en éditorial du hors série du Figaro : « Benoît XVI est bien placé pour savoir que l’unanimité dont bénéficie, aujourd’hui, la figure du défunt pontife repose largement sur le fait que les peuples ont la mémoire courte, la capacité d’amnésie volontaire des acteurs du système médiatique. Jean-Paul II avait été en réalité contesté, de son avènement à la veille de sa mort, avec une violence sans pareille. Sa défense intrépide de la vie depuis sa conception jusqu’à la mort naturelle, sa prédication morale, son rejet des revendications en faveur de l’ordination des femmes ou du mariage des prêtres lui avaient valu de soulever, dès l’origine, de violentes oppositions parmi les hommes d’Eglise , les théologiens, les féministes, les libertaires. »
Pas sans motifs : par bien des côtés, Jean-Paul II était un pape « antimoderne », rappelle Joël-Benoît D’Onorio dans le même numéro hors série du Figaro : il mit au point « une doctrine catholique des droits de l’homme annoncée aux nations », selon laquelle « la liberté n’est pas une course vers nulle part ; parce qu’elle participe de la dignité de la personne humaine, elle a nécessairement un sens. Pour Jean-Paul II, le sens de la liberté, c’est la recherche de la vérité, dont il a fait un leitmotiv de la plupart de ses discours. »
De là le rejet du relativisme, du scepticisme et du subjectivisme, exprimé notamment dans l’encyclique Veritatis Splendor, qui fit scandale lors de sa publication en 1993.
« Autre point d’achoppement avec la modernité : à l’origine de la créature, il y a le Créateur », écrit Joël-Benoît D’Onorio. « Cette vérité première conditionnait, pour Jean-Paul II, la vérité de l’homme dans la revendication de sa liberté et de ses droits. Or, la conception dominante des système idéologiques contemporains en a fait un homme sans Dieu. »
Le pape polonais en dénonce les conséquences dramatiques, non seulement en condamnant le communisme et le nazisme, mais en appliquant cette condamnation « à nombre de régimes libéraux qui ont conduit, eux aussi, à une marginalisation croissante de la religion ». Et sans hésiter à mettre explicitement en cause, en 1989 à Saint-Louis des Français à Rome, l’héritage des « philosophies des Lumières qui ont jeté le soupçon sur Dieu, sur son Christ, sur son Eglise ».
Démocratie ou totalitarisme ?
« Entre les droits de l’homme de la Révolution et les droits de l’homme de l’Eglise, ce n’est manifestement pas du même homme dont il est question », conclut Joël-Benoît D’Onorio. Les droits de l’homme ne se conçoivent qu’en corrélation avec les droits de Dieu. De là une critique des dérives de la démocratie et de l’assentiment majoritaire, qui ne représente pas l’absolu que les modernistes nous présentent volontiers. « La conscience universelle réagit à juste titre devant des crimes contre l’humanité dont notre siècle a fait la triste expérience. Ces crimes cesseraient-ils d’être des crimes si, au lieu d’être commis par des tyrans sans scrupule, ils étaient légitimés par l’assentiment populaire ? », demande-t-il dans l’encyclique Evangelium Vitae.
« Sans principes moraux stables, indiscutables et donc intouchables », résume Joël-Benoît D’Onorio, la démocratie est réduite, comme c’est souvent le cas de nos jours, à un simple calcul mathématique par l’absolutisation de la loi de la majorité. Elle cesse dès lors d’être un simple mode de gouvernement : elle se mue en idéologie. »
« Pas de démocratie sans assujettissement de tous à la loi, et pas de loi qui ne soit fondée sur une norme transcendante du vrai et du juste ! », affirme le pape.
Joël-Benoît D’Onorio commente : « A travers les conformismes idéologiques et législatifs sur l’avortement ou l’euthanasie, ose affirmer Jean-Paul II, on est fondé à soutenir que, du fait du relativisme éthique qui s’est emparé d’elle, "la démocratie, en dépit de ses principes, s'achemine vers un totalitarisme caractérisé" (Evangelium Vitae) ».
Une autre originalité de Jean-Paul II, poursuit le journaliste, est d’avoir « plaidé pour [le] respect des nations par les grands ensembles sociopolitiques modernes qui font facilement fi de ces réalités naturelles qui sont à la mesure des citoyens, des familles et des autres communautés humaines. »
Dès les premiers mois de son pontificat, le pape notait déjà devant l’Assemblée des communautés européennes que les institutions communautaires « à elles seules, ne feront jamais l’Europe, ce sont les hommes qui la feront (…). Mais ici les hommes qui se rapprochent appartiennent déjà à des peuples qui ont leur histoire, leurs traditions, leurs droits et en particulier leur droit à leur identité souveraine. » Ce thème du droit des nations est encore développé avec force dans le livre-testament du pape, Mémoire et identité.
« A elles seules, les propositions de Jean-Paul II ont ainsi tourné le dos à deux siècles de cet humanisme anthropocentrique, fondateur d’un nouveau type de société qui, depuis l’Europe, s’est offert en modèle d’organisation sociale à toute la terre », constate Joël-Benoît D’Onorio. Aujourd’hui béatifié, Jean-Paul II n’hésitait pas à parler à temps et à contre-temps.
Pierre Menou
8 commentaires - Ecrire un commentaire
|