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Jésus, Kyoto et Bush |
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Lance Pierre - dimanche 23 octobre 2005
S'il vous arrive d'émettre une critique sur la politique anglaise, personne n'aura l'idée de vous taxer d'antibritannisme. Si vous émettez un avis défavorable sur la politique allemande, personne ne songera à vous traiter de germanophobe. Mais allez donc vous permettre de désapprouver telle ou telle action de la politique américaine, et vous verrez aussitôt les roquets de l'Oncle Sam aboyer rageusement en hurlant à l'antiaméricanisme ! C'est tellement ridicule qu'il vaut mieux traiter cela par une sereine indifférence et exprimer vos opinions sans plus vous soucier des américanomaniaques. “Qui aime bien, châtie bien !” dit le proverbe. Si nous critiquons les Américains, c'est justement parce que nous les aimons. Qui ne comprend pas cela est à plaindre. Eh bien, parlons un peu de cette surpuissance américaine. Rassurez-vous, je ne vous dirai rien de l'Irak. N'allons pas tirer sur les ambulances ! Non, je vous parlerai aujourd'hui d'un problème beaucoup plus grave à long terme, celui du réchauffement planétaire. Nul n'ignore que “Deubleiou” Bush a refusé de signer les accords de Kyoto, qui tentaient, bien timidement pourtant, de freiner les émissions de gaz à effet de serre. Et à ce propos quelque chose m'étonne. Bush et ses conseillers sont, dit-on, des Évangélistes. Or, je ne crois pas trop m'avancer en disant que si Jésus de Nazareth ressuscitait des morts – des personnes honorables prétendent que c'est possible et même que cela s'est produit – et s'il parvenait à exercer quelque influence sur le monde avant qu'on s'empresse de le crucifier à nouveau, il conseillerait certainement au Président des États-Unis de signer les accords de Kyoto, afin de préserver la Nature, réputée “œuvre du Créateur”, des pollutions et dégradations engendrées par le développement anarchique et désinvolte de nos industries, en tête desquelles se trouvent les industries américaines. J'entends bien que le Président Bush veut protéger la prospérité de son pays. Louable intention, mais qui ne me semble pas adopter la bonne stratégie. D'abord parce que cette prospérité est plus fragile que d'aucuns le supposent, le colossal déficit budgétaire des États-Unis n'ayant rien à envier à celui de la France, ce qui n'est pas peu dire, et l'inflation américaine n'étant jugulée que parce que sa plus grande part est exportée sous forme de papier-monnaie, utilisé ou thésaurisé dans de nombreux pays étrangers. (Si tous les possesseurs internationaux de dollars les échangeaient soudain contre des euros, l'économie américaine s'effondrerait immédiatement, ce qui n'est évidemment souhaitable pour personne.) Ensuite parce que si le réchauffement planétaire s'accélère, les cataclysmes s'aggraveront inexorablement. Or, les États-Unis sont en plein sur la route des tornades, ouragans, cyclones et autres joyeusetés. Sachant que Dieu n'est qu'une invention humaine, je ne crois évidemment pas que la catastrophe de la Nouvelle-Orléans ait été une “punition divine”. En revanche, je crois volontiers à une justice immanente cosmo-mathématique, illustrée par le fameux théorème : “Toute action entraîne une réaction de force égale et de sens opposé”. Le refus de Bush des accords de Kyoto a donc pu engendrer un effet boomerang qui peut se décrire ainsi : a) je refuse de signer les accords, ce qui conforte le refus d'autres pays, notamment les pays émergents comme la Chine, qui polluent à tout va, b) la part des activités humaines dans le réchauffement planétaire n'est donc pas réduite, ce qui aggrave la fréquence et la puissance des cyclones, c) deux cyclones fortifiés par mon imprévoyance me reviennent dans la figure et détruisent une grande ville des États-Unis, coûtant à la nation des millions de dollars de dépenses imprévues. Moralité : George W. Bush, croyant défendre la prospérité américaine, lui a mis du plomb dans l'aile. Certes, cette analyse est un peu trop schématique, mais l'événement a révélé d'autres faiblesses des États-Unis : l'imprévoyance fédérale qui n'a pas consolidé les digues de New Orleans, le manque de réactivité des services publics devant une catastrophe majeure, l'inorganisation des services médicaux et des unités d'intervention d'urgence. Alors, de grâce, M. Bush, signez vite les accords de Kyoto et augmentez même leurs contraintes, sinon je peux vous assurer que votre dieu imaginaire ne protègera pas l'Amérique.
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