Trémeau Bernard - mardi 27 juin 2006
La Norvège est souvent citée par nos médias comme le bon exemple d’une politique socialo-égalitariste réussie. Mais le journal « le Monde » signale, dans son édition du 21 juin, que l’homme le plus riche de Norvège, John Fredriksen, vient d’abandonner la nationalité de son pays d’origine pour devenir chypriote.
Sa fortune est estimée à plusieurs milliards d’euros. Elle est formée par trois grandes entreprises, dans lesquelles il a atteint une dimension mondiale : le transport du pétrole, l’extraction du pétrole dans le sous-sol marin avec des plates-formes spécialement conçues, enfin l’élevage du poisson de mer dans les belles eaux norvégiennes. Le saumon pas cher dans nos assiettes.
Ces trois entreprises sont de très haute technologie. Elles créent beaucoup de valeur ajoutée, de richesses et permettent à la Norvège d’être exportatrice de ces richesses. Elles offrent à de très nombreux Norvégiens un travail très utile au service du reste de l’humanité. Elles permettent à tous les Norvégiens d’acheter dans le reste du monde des produits qu’ils ne trouvent pas chez eux. Nous serions très heureux d’avoir ou d’accueillir en France des centaines de Fredriksen.
En quittant son pays, John Fredriksen ne fait qu’imiter plusieurs armateurs norvégiens qui sont déjà partis s’installer à Singapour ou à Londres, pour de "basses" raisons fiscales. Dans un but « social » fort louable, l’actuel gouvernement norvégien vient d’augmenter de façon importante les impôts qui frappent les entreprises et le capital. Prendre l’argent aux riches pour le redistribuer aux pauvres, ce serait corriger « l’exploitation » du gentil salarié par le méchant patron. Ce serait aussi augmenter le pouvoir d’achat des pauvres, donc augmenter finalement la croissance.
Malheureusement, cette vision de l’économie est aujourd’hui totalement dépassée. D’une part, la mondialisation de l’économie existe (et les entreprises de John Fredriksen en sont un bel exemple). L’activité économique a quitté le cadre national pour atteindre la dimension mondiale. Il faut donc des entreprises bien plus importantes et ces entreprises bien plus importantes ont besoin de bien plus de capitaux pour améliorer les technologies existantes, innover ou investir. Imposer le capital, c’est le faire fuir.
D’autre part, avec la mondialisation, la concurrence de nationale devient mondiale. Elle est beaucoup plus contraignante pour les entreprises. Elle offre aux consommateurs que nous sommes des produits de meilleure qualité à moindre prix. Merci à la mondialisation !
Mais si un État impose plus les capitalistes et les entreprises qu’un autre, la mondialisation leur permet de fuir sous des ciels fiscaux meilleurs. La Norvège a un gouvernement qui ignore la mondialisation. Elle chasse ainsi de son territoire les capitalistes et les entreprises qui trouvent ailleurs des pays imposant moins de contraintes.
John Fredriksen n’est pas venu s’installer en France, où les contraintes sont pires qu’en Norvège. Il aurait pu s’installer en Irlande, sous des cieux proches des siens. Les hommes politiques irlandais ont en effet parfaitement compris le grand chamboulement économique qu’est la mondialisation. Ils ont en quelques décennies, transformé un pays pauvre incapable de nourrir ses enfants en un pays très riche important massivement de la main-d’œuvre. John Fredriksen a préféré le soleil de Chypre.
Récemment, notre charmante ministre du Commerce extérieur nous démontrait avec brio dans l’émission « C dans l’air » qu’avec Airbus, le TGV, nos centrales atomiques ou nos fusées, la France n’avait aucun souci à se faire pour ses exportations. Elle a malheureusement oublié de parler des importations qui grimpent bien plus rapidement que les exportations. Nos entreprises sont de moins en moins compétitives. Au nom de la solidarité, la France entre, comme la Norvège, dans le sous-développement, la pauvreté, le chômage et l’exclusion. Elle crée une société encore plus inégalitaire. Tandis que les Français, mal informés dès l’école, adhèrent…
Le soleil de Chypre consolera-t-il John Fredriksen d’avoir été chassé de son beau pays ?
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