Bonus WEB - lundi 16 novembre 2009
religion, livres
Du prophète Jonas, l'on sait ordinairement, pour peu que l'on ait un jour ouvert la Bible, qu'il fut jeté à la mer lors d'une tempête par des marins désireux d'apaiser les dieux, et gobé par un poisson dans le ventre duquel il subsista trois jours avant d'être recraché sur le rivage. On pense non moins ordinairement, pour prêter plus de vraisemblance quelque peu insolite, que ce Schéol était une baleine, voire plus précisément un cachalot.
L'abbé Guillaume de Tanoüarn, qui consacre à ce livre de la Bible une réflexion inspirée, entraîne son lecteur infiniment plus loin dans l'intelligence de ce texte. Il accompagne son travail d'exégèse d'une méditation sur le désir, moteur indispensable des actions humaines.
Jonas, explique-t-il annonce le Christ, parce qu'il est le seul des prophètes de l'Ancien Testament à annoncer l'universalité de l'amour de Dieu, répandu non pas sur le seul peuple élu, Israël, mais étendu à l'ensemble de l'humanité, symbolisé par Ninive, la grande cité assyrienne, qui préfigure la chrétienté.
Cette analogie avec Jésus, que le Christ Lui-même indique dans l’Evangile selon saint Matthieu, s'exprime aussi à travers la symbolique du poisson, image des enfers où Jonas, ayant accepté de se sacrifier pour sauver les marins, reste trois jours, comme Notre Seigneur, avant d'en être libéré sur sa propre prière.
L’Apocalypse, c’est maintenant !
Elle trouve également ses limites dans la personnalité même du prophète, qui, s'il annonce le Christ, l'annonce en quelque sorte "en négatif" et à son corps défendant, au sens propre du terme : personnage à la tête dure et à la nuque raide, Jonas tente de fuir la mission qui lui a été confiée – avertir Ninive de l’imminence de sa destruction à cause de ses péchés –, s’y résout de mauvaise grâce après avoir été recraché par le poisson infernal, obtient par sa prédication minimale la repentance des Ninivites, se scandalise de la miséricorde que fait Yahvé-Dieu à cette ville pécheresse, ennemie d’Israël, et se retire dans un sommeil amer, sans avoir rien compris, semble-t-il, au projet du Dieu d’amour qu’il sert presque malgré lui. On a vu prophètes mieux inspirés…
L’abbé de Tanoüarn tire de cette aventure des vues fulgurantes sur la pénitence et la Miséricorde. Car « la prédication de Jonas est plus d’actualité que jamais » écrit-il, en ajoutant : « L’Apocalypse, c’est maintenant ». Il ne s’agit pas là d’une prophétie à la Paco Rabanne ou tirée des prédictions mayas, mais de cette évidence : chaque génération connaît sa propre Apocalypse, puisque que chaque génération connaîtra la mort.
Mais chaque génération, pour peu qu’elle se convertisse, comme Ninive sauvée, et se repente de ses fautes, se voit aussi offrir la Miséricorde, « puissance nouvelle, disponible pour qui veut s’en saisir ». C’est ce désir de Miséricorde, le désir de Dieu qui sauve l’homme en définitive. « Sans désir, pas de rédemption. Le désir absent ? Mais c’est l’enfer… », écrit l’abbé.
Ce petit livre propice à la méditation est si intelligent qu’on le ferme en ayant l’impression de l’être un peu soi-même. A découvrir, absolument.
Pierre Champenois
Guillaume de Tanoüarn, Jonas ou le désir absent, Via Romana, 112 pages, 14 euros.
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4 Vérités-DIP 18 à 24,
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