Martoïa Bernard - lundi 15 février 2010
retraites
José Pinera, l’homme qui a gagné la bataille de la retraite
Personnage fascinant, José Pinera – dont j’ai eu l’honneur d’être le traducteur lorsqu’il a été invité le 9 décembre dernier sur ReichmanTV –, a entrepris au Chili, à partir du 1er mai 1981, la plus grande réforme économique jamais réalisée dans le monde : la transition d’un système de retraite par répartition vers un système par capitalisation.
Ce grand réformateur est né le 6 octobre 1948, à Santiago. Son grand-père fut longtemps l’attaché culturel de l’ambassade du Chili à Paris, où il resta en poste 17 ans. Son père, qui devint ambassadeur aux Nations Unies à New York, avait fait ses études au lycée Janson de Sailly, à Paris, et ne découvrit le Chili qu’à l’âge de dix-sept ans.
Élevé dans une grande famille originaire des Asturies en Espagne, José obtint ses diplômes d’économie à l’université catholique du Chili. En 1970, alors que son pays se dotait d’un gouvernement communiste qui allait tout nationaliser, le jeune homme partit compléter ses études à l’université américaine de Harvard et y fut nommé professeur assistant en 1974. Il préféra cependant revenir au Chili, en 1975, pour y enseigner à l’université catholique.
Travailleur infatigable, il publia de nombreux articles et essais, en sus de huit livres. Pour la qualité de ses travaux, il obtint un grade honoraire de l’université Francisco Marroquin au Guatemala qui est, selon Milton Friedman, la meilleure université d’Amérique latine. Son activisme en faveur des thèses de l’école de Chicago le fit remarquer du pouvoir militaire qui avait renversé le gouvernement de Salvador Allende. C’est ainsi qu’il entra au gouvernement en 1978, comme ministre du Travail et des Retraites, avant même d’avoir 30 ans.
Il tenta de convaincre ses nouveaux collègues de l’importance d’une réforme des pensions, se heurta à leur volonté d’atermoyer, remit sur la table son projet, auquel les forces de droite et de gauche unanimes firent barrage.
Le chef de l’État le convoqua alors pour lui dire qu’il fallait attendre un moment plus propice. Le gouvernement chilien avait une autre priorité : la nouvelle constitution du pays devait être approuvée par référendum. Elle fut plébiscitée le 11 août 1980 et Pinera s’empressa, le lendemain du référendum, de prendre rendez-vous avec le chef de l’État. Insistant l’opportunité de l’euphorie du moment pour mettre en œuvre la réforme des pensions, il obtint son feu vert.
La personne qui a offert la sécurité au plus grand nombre
La loi fut votée par le parlement chilien le 4 novembre 1980, et la réforme introduite le 1er mai 1981. Aujourd’hui, 95 % des Chiliens disposent d’un compte personnel d’épargne retraite. Prudent, Pinera avait misé sur un rendement annuel de 4 % de l'épargne retraite : il est de 9 % !
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La masse d’argent collecté par les fonds de pension chiliens par capitalisation représente 80 % du PNB du pays. Avec cette épargne abondante, l’économie chilienne est sur un rythme de croissance de 7 % par an depuis 1980, exactement comme l’avait prévu Pinera. Cerise sur le gâteau, le Chili n’a ni dette extérieure, ni dette intérieure.
De leur côté, les pays européens qui ont choisi la voie du socialisme, croulent sous le poids de la dette, ce qui s’est déjà traduit par la dégradation de la note de la Grèce par l’agence de notation Fitch, tandis que l’Espagne a reçu un avertissement. Quant à la France, Pinera se désole que le pays qu’il aime le plus après le sien, ait toujours refusé de le consulter.
Malgré quatre alternances, le système de capitalisation des retraites qu’il a installé a tenu et prospéré. Mieux : trente pays ont à ce jour copié la réforme de Pinera au Chili. Grâce à lui, des millions de ménages à travers le monde vont bénéficier d’une retraite décente. Si nous, Français, avons été privés de ses conseils, c’est parce que les énarques qui nous gouvernent ne veulent surtout pas nous accorder de liberté.
En mai 2008, Richard Rahn, président de l’Institute for Global Economic Growth, écrivit dans les colonnes du Washington Post : « Si on vous demandait de nommer la personne qui a offert la richesse et la sécurité au plus grand nombre à travers le monde, que répondriez-vous ? Beaucoup d’entre vous diraient que c’est Otto von Bismarck, qui a introduit en 1885 le premier système de sécurité sociale qui a servi de modèle aux États-Unis et à de nombreux autres pays. Non, Bismarck n’est pas la bonne réponse. La réponse est José Pinera. »
José Pinera,
Le Taureau par les cornes : comment résoudre la crise des retraites,
Éditions de l’Institut Charles Coquelin.
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