Courrier - vendredi 28 janvier 2011
L'Arc de triomphe qui abrite les soldats inconnus morts pour la France, est devenu un écran géant pour le portrait de 2 journalistes de plus en plus connus et toujours vivants à cette heure.
Comment se terminera la campagne de soutien à ces deux malheureux journalistes otages?
Imaginons qu'ils soient encore prisonniers dans un an : va-t-on voir encore leurs collègues ânonner 5 fois par jour que « nous ne les oublions pas » ? Ou assisterons-nous, au nom de la sacro-sainte priorité de l'info, à un petit « lâchage » bien organisé, avec un communiqué toutes les semaines, puis tous les mois, etc., etc. Gare au ridicule !
Autre hypothèse, funeste celle-là : imaginons que cet enlèvement se termine mal : certes, cela donnera lieu à un grand débat national où le gouvernement sera sur la sellette, où le PS demandera une commission d'enquête parlementaire et où, enfin, les martyrs de l'info seront célébrés comme il se doit, par leurs collègues, avec peut-être une mise en bière symbolique au Panthéon ou aux Invalides.
Et se posera la question : tout ce remue-ménage a-t-il été vraiment utile ? Il est connu que les marchandages ont besoin de discrétion dans ce genre d'affaire. Alors pourquoi cette insistance à faire pression sur les pouvoirs publics (il ne peut s'agir de pression sur les racketteurs, car cela sert surtout à faire monter leurs enchères) en faisant un tel tintamarre ? La politique de la France serait-elle susceptible de changer d'orientation au premier chantage venu ?
Une fois de plus les médias montrent un nombrilisme professionnel attristant, même s'ils se sont enfin décidés à rappeler « qu'ils n'oublient pas les autres otages français » (auxquels nous souhaitons, pour leur plus grand bien, beaucoup moins de « communication » ).
Et les pouvoirs publics jouent un jeu stupide en laissant se transformer en affaire d'Etat ce qui n'est, après tout, que l'issue envisageable d'un reportage présentant des risques élevés.
Au nom de l'information médiocre et si souvent orientée qui nous est servie, les journalistes seraient-ils en droit de courir tous les risques sans devoir réellement les assumer ?
Robert Arnaud
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