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Kouchner, Dati : Une crue malsaine d'attaques personnelles


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Milliere Guy - mercredi 04 mars 2009

livres
Je n’ai pas lu et je ne lirai pas le livre de Pierre Péan consacré à Bernard Kouchner, pas plus que je ne lirai celui consacré à Rachida Dati. Je dois, cela dit, constater que ces livres sont des succès de librairie, ce qui me semble consternant. Que des journalistes fassent salement leur métier est toujours arrivé. Qu’un certain public s’en satisfasse n’est pas nouveau. Mais j’ai le sentiment que nous assistons à une forme de crue malsaine. Le débat d’idées en ce pays est au point mort. Les regards qui se posent sur le monde extérieur sont marqués par la myopie et des engouements affectifs qui submergent toute rationalité, comme en ont témoigné, entre autres, la haine envers George Bush ou, ces derniers temps, l’idolâtrie débile envers Barack Obama.
L’action des hommes et femmes politiques qu’on entend critiquer est, en ce contexte, examinée à la hauteur des poubelles et des rumeurs.

Je ne sais si Rachida Dati s’est mal comportée en telle ou telle circonstances : ce qui me semble plus important est qu’elle a pris, plusieurs fois, des positions courageuses et politiquement incorrectes en matière de justice, et qu’elle a froissé ainsi la susceptibilité de nombre de magistrats praticiens d’un corporatisme étriqué et adeptes de dogmes que, sous d’autres cieux, on appellerait socialisme de gauche ou socialisme de droite.
Et je pense qu’en réalité, c’est cela qui lui est reproché et lui vaut la vindicte. Je soupçonne, en outre, que le fait qu’une jeune femme d’origine maghrébine devienne Garde des Sceaux a joué un rôle et continue à en jouer un dans un pays où les réflexes racistes sont fort loin d’avoir disparu.
 
Pour ce qui concerne Bernard Kouchner, identiquement, peu m’importe quels contrats il aurait signé dans le secteur privé, ce qui compte à mes yeux est son action depuis des années, ce qu’il incarne, et quelles idées il porte. Je ne partage pas plusieurs de ses convictions. J’ai, pour autant, toujours trouvé nobles, utiles et respectables ses combats pour les droits de l’être humain et pour l’action humanitaire.
Je l’ai vu être sans cesse du côté des démocraties et contre les totalitarismes quels qu’ils soient. Je le tiens, politiquement et éthiquement, pour un libéral.
Il a pris des positions courageuses et nobles au temps où la diplomatie française se vautrait au pied de Saddam Hussein, et l’Irak libre d’aujourd’hui montre qu’il avait raison. C’est un ami des Etats-Unis et d’Israël parce qu’il est, fondamentalement, un ami de la liberté. Il est, à mes yeux, le membre le plus respectable du gouvernement actuel. Les dimensions les plus erratiques de la politique étrangère française ces derniers temps, ainsi la visite de Khadafi à Paris ou le rapprochement avec Bashar Al Assad, ont été subies par lui et émanaient directement de l’Elysée.

Le voir décrit comme « cosmopolite », agent de « l’anti-France », porteur d’une « double judéité » me rappelle aussi, et Kouchner a eu raison de le relever, un vocabulaire qui a servi dans une autre époque qui n’a pas été du tout glorieuse pour la France, et qui a connu son point culminant avec les rafles et le camp de Drancy. J’ai en horreur tout ce qui ressemble au nationalisme d’extrême-droite et à son cortège de xénophobie, d’antisémitisme, de défiance étriquée vis-à-vis du monde qui parle anglais et de la globalisation. J’ai en horreur, aussi, tout ce qui, dans la gauche, trouve des excuses aux pires dictateurs s’ils sont anti-américains, proches de l’islamisme et pro-palestiniens, et donc toute une gauche clairement antiaméricaine et anti-israélienne. Je pourrais me définir, moi aussi, comme un ami de la liberté.

Un texte de Gilbert Keith Chesterton que je relis de temps à autres affirme que les hommes sages, parfois, discernent des choses maléfiques dessinées dans le ciel. Il ajoute que les hommes sages doivent, en ce cas, décrire quelles choses maléfiques ils discernent, et il laisse entendre que c’est pour eux un devoir éthique. Je ne sais si je suis un homme sage, je serais le plus mal placé pour le dire. Ce qui me semble évident, pour autant, est que des choses très maléfiques se dessinent dans le ciel, et que mon devoir moral est de les décrire. Les attaques contre Rachida Dati et, plus encore, celles contre Bernard Kouchner me paraissent être des symptômes qui, s’ils devaient persister et se multiplier, indiqueraient que ce pays est bien plus malade que je ne le pensais déjà.

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