Lassieur Pierre - samedi 18 septembre 2004
Sans qu’aucun fait scientifique nouveau soit intervenu, l’Académie de médecine vient de proclamer l’inefficacité de l’homéopathie et de conseiller la suppression de son remboursement par la Sécurité Sociale. Or, fondée par Hahnemann (1755-1843), l’homéopathie a, depuis deux siècles, sans cesse vu s’accroître son audience auprès du public. D’autre part, une des particularités de l’affaire, c’est que l’Académie de médecine n’abrite en son sein aucun médecin homéopathe et qu’aucun de ses membres ne connaît quoi que ce soit à la question, n’en ayant pas la moindre expérience pratique. Que penserait-on, par exemple d’une société de chirurgiens orthopédistes qui donnerait un avis péremptoire sur la façon de soigner les maladies oculaires ? On ne ferait qu’en rire. J’ai bien connu le milieu des « grands patrons » des Hôpitaux, qui forment l’essentiel du contingent de l’Académie de médecine. C’est un milieu sclérosé, autoritaire, méprisant, sûr de soi, largement contaminé par le népotisme. Son ouverture d’esprit est nulle. Une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de devenir médecin homéopathe réside dans la façon scandaleuse dont ces messieurs traitent leurs subordonnés en général et les étudiants en particulier. J’étais externe aux Hôpitaux de Paris (nommé au concours). Si je ne suis pas devenu interne, c’est que je ne me suis jamais présenté au concours de l’internat, dégoûté de la carrière hospitalière parisienne par le climat insupportable que les patrons y faisaient régner. On peut citer parmi leurs défauts majeurs, outre le mépris pour tout individu n’appartenant pas à leur clan, le refus à peu près systématique de s’occuper des étudiants (ce qui obligeait ceux-ci à apprendre « sur le tas », en autodidactes) et aussi, un abominable favoritisme dans l’organisation de tous les concours… L’homéopathie, médecine surprenante, a donc été une de leurs cibles. Son principal problème à notre époque est le suivant : depuis le milieu du siècle dernier la médecine est essentiellement statistique : on fait prendre durant un temps X (variable en fonction de la maladie et du remède) un certain médicament à des centaines ou des milliers de malades et l’on compare ses effets à ceux produits contre la même maladie chez des patients seulement soumis (à leur insu) à un placebo, c’est-à-dire une substance ayant l’apparence d’un remède, mais sans aucun principe actif. Si elle présente une valeur scientifique certaine, cette méthode est très condamnable du point de vue moral, puisqu’il est monstrueux qu’un médecin prescrive à ses patients un traitement inefficace.
Le népotisme de l’Académie de Médecine
Or ces statistiques ne sont faisables que dans les hôpitaux, à cause du grand nombre de malades qui y passent, et sont inaccessibles aux médecins libéraux, par manque d’un nombre suffisant de patients. L’homéopathie étant en butte, depuis l’origine, à l’hostilité des patrons, elle n’a jamais pu prendre pied dans les hôpitaux et ne dispose donc pas de statistiques valables. Il s’agit d’un cercle vicieux. On refuse aux médecins homéopathes la possibilité d’établir des statistiques, et l’on nie la valeur de leur thérapeutique sous prétexte qu’ils ne disposent pas de statistiques. J’ai exercé la médecine homéopathique durant trente-six ans. À plusieurs reprises, j’ai proposé des articles bien documentés à telle ou telle revue de médecine générale à laquelle j’étais abonné. Je n’ai jamais pu en faire publier un seul, le refus m’ayant été parfois signifié de la façon hypocrite suivante : nos lecteurs (médecins) connaissent si bien l’homéopathie qu’il est inutile de leur en parler ! Ayant eu un père, scientifique de haute volée, qui m’a transmis son goût de la rigueur, je suis sûr des succès et des échecs thérapeutiques que j’ai connus durant mon exercice professionnel. Je me contenterai de citer un exemple, lequel date de 1980. Je m’imposais de ne pas soigner le cancer. En effet, un médecin doit savoir tracer la frontière entre ce qui relève de l’homéopathie et ce qui n’en relève pas. Cependant le cas dont je vais parler se trouvait au-delà de la frontière. Un homme de cinquante ans vient me consulter pour des douleurs d’estomac récentes, atroces. Je fais pratiquer une radio et une biopsie. Il s’agit d’un cancer de l’estomac mortel à 95 %. Aussi remets-je le malade au chirurgien, qui ne peut l’opérer que quinze jours plus tard. Ces quinze jours sont donc laissés au traitement homéopathique seul. Or les symptômes disparaissent, ainsi que les énormes lésions radiologiques. Le chirurgien est stupéfait, à l’opération, de trouver à la vue et au toucher l’estomac tellement normal qu’il me demande si l’on ne s’est pas trompé de personne. Non, je reconnais son visage. La plus grande partie de l’estomac est cependant enlevée, dans laquelle, au microscope, on retrouvera une lésion cancéreuse, infime par rapport aux précédentes biopsies. Je n’ai pas pu davantage publier cette observation que d’autres, nombreuses dans mon fichier, relatives à de très diverses maladies. L’homéopathie est donc condamnée sans que le procès ait été instruit. S’il y a un manque d’esprit scientifique, c’est du côté de ses détracteurs, non du côté de ses partisans.
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