Rouxel Jean - dimanche 10 avril 2005
Le pape Jean-Paul II s’est éteint samedi 2 avril dans la soirée. Il est trop tôt, sans doute, pour dresser un bilan de son action au cours de ces 26 années de pontificat, mesurer la part qu’il prit à la chute du communisme en Europe de l’Est, apprécier le sens de sa critique du relativisme philosophique, interpréter son combat pour la dignité de la personne humaine et son maintien de la morale traditionnelle… La logique médiatique, trop manichéenne et surtout trop penchée sur l’éphémère, ne se prête guère à ces appréciations, ces distinctions et ces subtilités. Mais, à défaut de bilan du pontificat, il est permis de réfléchir à l’après Jean-Paul II et de rectifier certains commentaires erronés de journalistes peu au fait des questions religieuses! On a ainsi entendu brosser des portraits-robots du prochain pape, qui satisferaient peut-être quelques journalistes post-soixante-huitards, mais qui ne correspondent guère à la tendance du collège cardinalice. En particulier, on ne prend pas assez en compte le fait que le clivage idéologique ne sera pas le principal critère de choix : il est probable que le vote des 117 cardinaux électeurs (ceux qui sont âgés de moins de 80 ans) se porte sur un cardinal de « centre-droit », mais cela ne dit quasiment rien, car l’écrasante majorité du Sacré-Collège appartient à cette tendance (opposée à la fois à la restauration de l’Église pré-conciliaire et aux dérives progressistes de l’après-concile). Un certain nombre de critères seront bien plus déterminants: la nationalité (après avoir évoqué pendant des années un cardinal sud-américain, la rumeur vaticane évoque davantage un cardinal italien, depuis plusieurs mois); la question de l’âge (selon que l’on préfère un pape dynamique ou un « pape de transition »); le profil (un cardinal de la curie ou un archevêque)… Ceux que l’on appelle les « grands électeurs », c’est-à-dire les cardinaux les plus importants (notamment le cardinal Sodano, secrétaire d’État, et le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi), ont déjà réfléchi à la hiérarchisation de ces critères. De là sortiront quelques noms, parmi lesquels l’ensemble des électeurs choisira en quelques jours de conclave. Les dispositions de Jean-Paul II prévoient d’ailleurs un nombre de tours très limité (sept scrutins en trois jours pour atteindre la majorité des deux tiers). Et cette majorité recherchée des deux tiers est une preuve de plus qu’il y a loin entre les agitations médiatiques et le gouvernement de l’Église catholique !
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