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L’État est propriétaire de notre temps


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Poncins (de) Michel - mercredi 20 mai 2009


Entretien avec Michel de Poncin
http://www.libeco.net/

Récemment, vous avez évoqué ce que vous appelez l’expropriation du temps privé. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Chacun sait que les prédateurs publics ne se gênent pas pour nationaliser ou exproprier nos biens matériels, quand cela les arrange, et les effets dévastateurs sur l’économie sont connus. En plus, ils nous obligent à leur consacrer de notre temps et, ceci, suivant leur bon plaisir. Or chacun, selon les principes du droit naturel, est propriétaire de son propre temps, et le dirigisme vole donc aux gens ce temps en imposant des démarches et formalités insupportables. L’expropriation du temps privé est comparable aux nationalisations, car c’est un vol pur et simple ; elle est cependant plus douloureuse, car il n’est pas question d’indemnité. Elle repose sur les réglementations abusives. Si vous voulez bâtir une maison sur un terrain vous appartenant, vous êtes obligé de vous agenouiller devant un édile pour avoir les autorisations. Le temps que vous consacrez à cette formalité est considérable avec de multiples interlocuteurs dans un nuage opaque de lois et règlements. Ces formalités sont destructrices de la richesse. Le coût du dossier administratif d’une construction est évalué à 20 % ; c’est une des raisons de la médiocrité des constructions en France et de la crise du logement. En plus de telles démarches sont humiliantes. Nous sommes, en vérité, les esclaves des pouvoirs publics et l’esclavagisme implique d’humilier les esclaves…

Auriez-vous d’autres exemples ?

Le mal est général et touche toute la vie des citoyens. Tenez, en cette période de déclarations fiscales, évoquons les associations. Leurs dirigeants sont obligés de remplir des formulaires abscons pour permettre à leurs donateurs de déduire les dons de leurs impôts. Le nombre d’heures ainsi volées aux dirigeants d’associations est immense et incalculable.
Un palier nouveau dans la complication vient d’être franchi cette année. Il y avait, jusqu’ici, 12 catégories d’associations bénéficiaires, chaque catégorie ayant son régime propre et le document à envoyer comportait une demi-page. Aujourd’hui, les 12 catégories d’associations sont devenues 24 ! Elles portent des noms obscurs : « entreprises adaptées, entreprises d’insertion ou entreprises de travail temporaire d’insertion ».
Le chef-d’œuvre de la « bourreaucratie » se lit dans une petite notice : « Cette disposition fiscale concerne uniquement les organismes qui satisfont aux critères définis par les articles 200, 238 bis et 885, etc. du code général des impôts ». S’ils ont des insomnies, les esclaves peuvent se référer avantageusement au bulletin officiel des impôts dont la lecture doit être particulièrement amusante !
Je garde le meilleur pour la fin : « Si les organismes bénéficiaires de dons délivrent à tort des reçus fiscaux, ils s’exposent au paiement d’une amende fiscale égale à 25 % des sommes indûment mentionnées sur ces documents (article 1740 à du C.G.I.) ».

On pourrait objecter que le fisc fait une faveur en permettant d’économiser des impôts pour des buts charitables…
Je connais cette objection. La justice voudrait, au contraire, que l’on réduise les impôts ou qu’on les supprime, chacun étant libre de faire les dons qu’il entend attribuer aux associations qui l’intéressent.

Avez-vous une évaluation du coût pour la communauté nationale de cette expropriation ?

Bonne question. Pour y répondre, il faudrait connaître la valeur du temps de toute la population, hormis les mineurs : tâche impossible. Il existe un indice. Les prédateurs étatiques exproprient par les mêmes moyens le temps des entreprises. C’est si dramatique qu’ils créent de temps à autre des comités « Théodule » pour essayer de mettre de l’ordre et réduire les formalités abusives. Le dernier en date se dénomme Cosiform ou comité pour la simplification des formulaires. Créé il y a des années, il a simplifié quelques formulaires pendant que le pouvoir en lançait deux fois plus ; il ne sert donc à rien. En tout cas, il a évalué à 3 % du PIB le temps consacré par les entreprises à la gestion des formulaires. Ce chiffre colossal explique une partie de la paupérisation croissante de la France.
Incidemment, cela montre l’immense marge de manœuvre qu’aurait un gouvernement réformateur tel que nous aurions dû l’avoir au cours de l’été 2007 et que nous ne l’avons pas eu…

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