Trémeau Bernard - dimanche 19 février 2006
Pendant des années, la balance commerciale française a été largement positive, puis elle est devenue négative en 2003. Ce déficit a dépassé huit milliards d’euros en 2004 et s’est lourdement aggravé en 2005 pour dépasser 25 milliards. Alors que l’Allemagne a une balance commerciale très largement excédentaire, les exportations françaises ont peu progressé et la France perd des parts de marché. Par contre, les importations françaises ont fortement augmenté. Les Français achètent des produits étrangers beaucoup moins coûteux, en particulier des tissus ou du matériel informatique provenant d’Asie. Notons que nos grandes entreprises sont en partie responsables de cette évolution. Elles ont délocalisé leurs lieux de production en dehors de la France, dans des pays où les contraintes des gouvernements sont moins importantes qu’en France. Renault n’exporte plus ses voitures depuis la France, mais de Slovaquie.
Cette adaptation des grandes entreprises françaises à la mondialisation de l’économie est une bonne chose pour la production française, mais crée des richesses en dehors de nos frontières. Il nous restera les grands vins, le champagne ou le tourisme…
De leur côté, les PME françaises atteignent difficilement un niveau leur permettant d’exporter. Pour exporter, il faut sortir des produits nouveaux, de meilleure qualité ou correspondant à des besoins jusque-là insatisfaits. Pour mettre sur le marché de tels produits, il faut une équipe commerciale innovante à la tête de l’entreprise. Il faut aussi des capitaux permettant d’investir. Tant que le produit nouveau et désiré par les consommateurs n’est pas copié, l’entreprise jouit alors d’un quasi-monopole. Elle peut donc disposer de larges marges pour être bénéficiaire.
Malheureusement, la France fait peser sur ses entreprises de coûteuses contraintes, fiscales en particulier. On n’hésite pas en France à augmenter la taxe professionnelle, alors qu’il faudrait au contraire la supprimer. Les grandes entreprises françaises ont échappé à ces contraintes en délocalisant leurs lieux de production, ce qui leur permet d’être largement bénéficiaires et de disposer des capitaux leur permettant d’investir et d’innover pour être compétitives. Ce n’est pas sur cette centaine d’entreprises qu’il faut juger le tissu économique français. Les emplois et les bénéfices sont de plus en plus étrangers à la France.
Les PME uniquement installées en France subissent totalement les contraintes du pouvoir français. Une partie très importante de leur trésorerie part dans les caisses de l’Etat. Elles n’ont plus les moyens financiers d’investir et d’innover, donc de créer des produits compétitifs et exportables. L’ouverture des frontières aux produits étrangers peu chers et de bonne qualité détruit par contre nos entreprises qui n’ont pas les moyens financiers de lutter contre eux. Le chômage est la conséquence normale de cette situation.
Le développement augmente peu la consommation de produits industriels. On ne met qu’une chemise à la fois. Mais il augmente de façon importante la consommation de services (santé, éducation, tourisme…) et les services constituent aujourd’hui 70 % de notre consommation.
Des services comme la Santé ou l’Education sont des monopoles d’Etat. Ils ne peuvent être concurrencés par des entreprises françaises ou étrangères. Mais l’absence de concurrence fait que ces services sont très médiocres, comme l’éducation nationale, ou très coûteux comme les hôpitaux publics.
Tant que ces services resteront des monopoles d’Etat, leur satisfaction ne déséquilibrera pas notre balance commerciale. Mais notre intérêt de consommateur est de supprimer ces monopoles d’Etat et d’introduire la concurrence. Notre balance commerciale risquera alors d’être encore plus perturbée.
Le déséquilibre de notre balance commerciale indique que la France perd au niveau des PME son tissu industriel, ce qui est source de chômage. L’Etat en est le seul responsable.
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