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L’Europe, bientôt confrontée à son opinion publique...


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Rouxel Jean - samedi 24 juillet 2004


Le 14 juillet, Jacques Chirac a annoncé que les Français seraient appelés à ratifier par référendum le texte de la Constitution européenne au cours du deuxième semestre 2005. Après avoir longtemps tergiversé, le Chef de l’État s’y est résolu pour deux raisons : la première est qu’il n’exclut pas de se représenter en 2007 ; l’escamotage de cette ratification aurait pu fortement ternir son image. La deuxième raison est qu’il pense pouvoir gagner ce combat difficile.
Ce référendum constitutionnel devra être précédé d’une modification de la Constitution, selon une procédure sans doute voisine de celle qui avait été retenue pour l’adoption, en 1992, du Traité de Maastricht. Car un grand nombre de dispositions de la Constitution européenne nécessitent une adaptation de notre loi fondamentale. À partir du moment où des domaines tels que la coopération judiciaire et pénale, le contrôle des frontières, les politiques d’immigration et du droit d’asile… relèveront d’une compétence européenne, et que celle-ci s’exercera non plus à l’unanimité mais à la majorité qualifiée, il est indispensable que la Constitution de 1958 soit modifiée, afin d’autoriser clairement de tels transferts.
Une dizaine d’autres pays ont d’ores et déjà annoncé que le texte de la Constitution européenne serait également, chez eux, soumis à un référendum. Cette consultation s’effectuera à des dates variables, étalées tout au long de l’année 2005.
Dans plusieurs pays, l’adoption semble ne poser aucun problème. Dans les pays du Benelux, en Espagne, en Italie, en Allemagne, dans les Pays Baltes, de fortes majorités se proposent de voter « oui ». Mais au contraire, dans plusieurs autres pays, l’affaire est très mal engagée. En Grande-Bretagne même le patronat, jusqu’à présent en tête de l’europhilie, a viré à l’euroscepticisme. Et en France, pour l’instant, les sondages prédisent une forte victoire du « non »…
L’élection d’un président socialiste au Parlement de Strasbourg par une coalition réunissant les partis dominants de la droite et de la gauche, du PPE et du PSE, n’est pas faite pour redorer le blason de la caste politicienne.
En outre, cette pré-campagne sur la ratification la Constitution européenne va se dérouler, avec en toile de fond, la pression de plus en plus forte des appareils institutionnels en faveur de l’admission de la Turquie dans l’Union, pourtant rejetée par les opinions publiques.
N’ayant aucune chance d’être consultés sur ce point, les électeurs, en disant « non » à la Constitution, diront surtout « non » à la Turquie.

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