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L’Europe de Sarkozy |
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Lance Pierre - mardi 23 octobre 2007
politique-europeenne, constitution-europeenne
Nicolas Sarkozy est donc parvenu à remettre l’Europe sur les rails et à rallier les 27 chefs d’État de l’Union à son projet de traité simplifié. C’est sans conteste un succès politique de premier ordre pour le Président français. Je regrette toutefois, pour ma part, que le nouveau traité ne soit pas soumis au référendum populaire dans toute l’Europe, puisqu’il sera seulement voté par les Parlements, dont on sait qu’ils représentent la volonté des peuples à peu près comme moi celle des papes. Or, un traité de cette importance devrait avoir l’aval et le soutien de la majorité des citoyens.
« Mais vous rêvez ! », va-t-on me dire, puisque le projet de Constitution européenne avait été repoussé par les référendums français et hollandais. Oui, et alors ? Il fut rejeté parce que c’était un projet mal ficelé, trop long, trop complexe et tellement incompréhensible que ce fut un jeu pour ses adversaires de lui faire dire n’importe quoi. Son obscurité et ses ambiguïtés permettaient de nourrir toutes les peurs nationales. C’est ainsi, par exemple, que certains opposants purent faire croire aux Français que cette Constitution permettait d’entériner l’adhésion de la Turquie à l’Europe, alors que c’était exactement le contraire, ce que les leaders du oui, à gauche comme à droite, furent incapables de démontrer.
Comme nos lecteurs le savent, j’avais moi-même milité pour le oui, car, malgré tous les défauts du texte proposé, j’estimais qu’il ne fallait à aucun prix mettre l’Europe en panne, car une Constitution peut toujours se corriger, l’essentiel étant qu’elle existe. J’étais surtout sensible au fait que dans un monde en pleine mutation, alors que les masses humaines considérables des pays émergents se ruent à l’assaut du mode de vie occidental, sur une planète qui se réduit comme une peau de chagrin et dont toutes les énergies fossiles s’épuisent, il était indispensable que l’Europe se constitue souverainement coûte que coûte pour assurer son avenir.
Le suffrage universel en décida autrement, surtout parce que, outre les craintifs, le non vit se réaliser l’union contre-nature de la droite nationale et de la gauche extrême, la première rejetant une Europe trop supranationale à son gré, la seconde une Europe trop libérale à son goût. C’était le mariage de la carpe et du lapin soudain célébré ! Mais quoique cette collusion étonnante eût été décisive, elle n’expliquait pas tout.
Les peuples de l’Europe sont attachés plus qu’on ne croit à leurs histoires et à leurs cultures respectives, qui sont toutes glorieuses et vénérables, malgré les fautes et les erreurs qui les ont parfois entachées. Les Européens sont des patriotes, chauvins même à dire vrai, et c’est bien leur droit, car chaque nation de notre continent peut ressentir la fierté d’avoir apporté à la civilisation mondiale une contribution capitale à nulle autre pareille. Aussi est-il parfaitement normal qu’ils aient éprouvé quelque crainte devant la fusion hâtive et embrumée qu’on leur proposait, sans parler des pouvoirs excessifs conférés à la bureaucratie bruxelloise si peu transparente.
Il fallait donc reconstruire le projet, le simplifier, le clarifier et le réduire à 70 articles essentiels, tout en l’accompagnant d’une définition et d’une description historiques et géographiques de l’Europe précisant clairement ses frontières et garantissant son identité et son intégrité pour les siècles à venir, puis soumettre le tout à référendum dans tout l’espace européen. Je crois que le nouveau projet eût été alors accepté par les citoyens, revêtant ainsi à la face du monde une légitimité et une puissance incomparables. Mais s’il avait été cependant refusé, eh bien tant pis ! La démocratie, c’est le droit à l’erreur et le devoir de la payer. Si les Européens ne sont pas capables de s’unir et de parler d’une seule voix dans le monde menaçant qui les encercle… qu’ils meurent !
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Si l’avenir de notre civilisation vous préoccupe, ne manquez pas de vous offrir le dernier livre paru de Pierre Lance, « Le Fils de Zarathoustra » (Éditions Véga-Trédaniel), dans lequel l’auteur passe au crible d’un regard nietzschéen les incohérences et les espérances du monde moderne. (En librairie ou, par correspondance, 26 euros port inclus à « L’Ère nouvelle », BP 171, 06407 Cannes cedex.)
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