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L’Europe de Tony Blair


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Lance Pierre - dimanche 03 juillet 2005


Comme chacun sait, Tony Blair est le meilleur allié de George W. Bush. Pour une raison difficile à cerner, mais que je situe intuitivement dans leur mysticisme commun, qui induit cette propension à se croire missionné par le Seigneur imaginaire (un sentiment qui ressemble d’ailleurs étrangement à celui de leurs ennemis islamistes), Bush et Blair marchent depuis quelque temps côte à côte quasiment comme des jumeaux. Certains disaient même que Tony était le “caniche” de George, mais je n’aime pas cette formule méprisante et fausse et je préfère celle des jumeaux spirituels, qui me semble plus équitable.
Leur unité de vues n’était pas évidente au départ, puisque Bush est un capitaliste à tous crins et que Blair est le chef de file d’un des plus importants partis socialistes européens. Mais le socialisme n’est plus ce qu’il était. On peut même dire qu’il est virtuellement décédé en tant qu’idéologie collectiviste intransigeante. Plus personne n’imagine aujourd’hui un gouvernement socialiste procédant, par exemple, à des nationalisations.
Quelque différence importante qu’il y ait eu entre socialisme et communisme, ce n’en était pas moins les deux branches divergentes d’un tronc marxiste commun. Or, on peut dire que ce tronc commun a été presque complètement enseveli sous les ruines du mur de Berlin. Aujourd’hui, et l’on ne s’en réjouira jamais assez, on doit constater que les socialistes sont devenus plus qu’à moitié capitalistes.
Cette défection idéologique a fait la fortune des petits partis d’extrême gauche, qui ont récupéré tous les utopistes archaïques, grâce auxquels ils ont éliminé Jospin au premier tour des dernières présidentielles.
Tony Blair, lui, encouragé par Bush, a été bien plus loin vers la droite que tous les autres socialistes et a viré libéral aux trois quarts, entraînant avec lui le “New Labour”. Et puisque la présidence européenne va revenir à la Grande-Bretagne durant les six prochains mois, Tony Blair a bien l’intention d’entraîner toute l’Europe dans son sillage vers un libéralisme dont il se garde toutefois de prononcer le nom. Mais lorsque, s’exprimant le 23 juin devant le Parlement européen, il déclare : “Voulez-vous me dire quel est ce modèle social dans lequel l’Europe compte vingt millions de chômeurs, avec des taux de productivité en baisse par rapport à ceux des États-Unis?”, il faudrait être quasiment analphabète pour ne pas voir dans cette fausse interrogation la condamnation implicite du socialisme larvé qui plombe la France et l’Allemagne et une profession de foi à peine voilée pour le libéralisme de type américain. Jusque-là, en tant que libéral convaincu, je me sens donc blairiste à 100 %. Hélas ! Il y a un os!
En effet, Tony Blair s’est prononcé tout aussi fermement pour la poursuite de l’élargissement de l’Union, avertissant que si l’Europe fermait ses portes aux pays de l’Est tels que la Turquie ou les États des Balkans, elle s’exposerait “au nationalisme et à la xénophobie”. Et me voici du coup anti-blairiste à 100 %. Bilan : 50/50. Ah! que c’est compliqué la vie! Pour pouvoir approuver à fond quelqu’un, il faudrait toujours en couper la moitié. (Certains lecteurs diront sans doute qu’ils en ont autant à mon service, mais je leur répondrai que, dans ce cas, c’est parce qu’ils sont eux-mêmes en deux morceaux.)
Je ne suis nullement opposé à l’élargissement de l’Europe, mais à la condition impérative qu’elle intègre exclusivement des peuples européens, ce que les Turcs ne sont en aucune façon. Et nous aboutissons à cette situation ubuesque : Blair, dans le sillage de Bush, rejoint sur ce sujet Jacques le Turc, auquel il s’oppose pourtant sur de nombreux points. Il faut donc que tous les Européens, Français en tête, manifestent spectaculairement à Bruxelles leur farouche opposition à l’entrée de la Turquie, ce avant le 3 octobre prochain, date fixée pour le début des négociations, sinon nos politiciens intellectuellement hémiplégiques vont tout faire pour nous l’imposer.
Et ce qui est ahurissant, c’est d’entendre M. Blair dire qu’en refusant la Turquie, nous nous exposerions “au nationalisme et à la xénophobie”, alors que c’est au contraire Chirac, Blair et Bush qui vont les susciter, s’ils s’entêtent à vouloir mêler dictatorialement des peuples qui ne veulent pas l’être ! Dire que Blair a engagé les Anglais dans l’absurde busherie irakienne alors que 80% d’entre eux y étaient opposés, et qu’il a encore le front de se dire démocrate! Nul n’ignore d’ailleurs que seul son libéralisme l’a sauvé d’une déroute électorale. Bref, comme dit l’un de mes amis à tout fanatique de l’anglo-saxonnerie : “Ferme ta Bush et mouche ton Blair!”

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