Sadot Philippe - mercredi 05 avril 2006
Deux décès viennent de frapper, en moins d’une semaine, deux détenus du centre de détention du Tribunal Pénal International (TPI) de La Haye : le 6 mars dernier Milan Babic, ancien chef des Serbes de Bosnie et, cinq jours plus tard, l’ex-chef d’État de l’ex-République de Yougoslavie, Slobodan Milosevic.
Le premier purgeait une peine de treize années de prison pour crimes contre l’humanité ; le second était en cours de jugement pour crimes contre l’humanité également, mais aussi pour crimes de guerre et de génocide. Selon le TPI, Milan Babic s’est suicidé et Slobodan Milosevic est mort d’un infarctus. Je n’entrerai pas dans les nombreux questionnements que suscitent ces morts si rapprochées, mais je m’en pose sur la qualité de l’internement à La Haye : des détenus si précieux dont les dépositions devaient intéresser le monde entier, méritaient, je pense, une surveillance plus soutenue…
Mes propos seront davantage axés sur un certain hommage, non pas à l’homme, mais plutôt à la symbolique de son combat, puis à la conduite de l’Europe, ou mieux, à son inconduite durant ce premier conflit européen depuis 1945, et enfin sur les propos des médias durant cette Guerre de Yougoslavie et de son corollaire kosovar. Dès 1990, trois républiques fédérales de la Yougoslavie tentent de s’émanciper de la tutelle de Belgrade, les plus déterminées étantla Croatie, la Slovénie puis la Bosnie-Herzégovine.
Prises au dépourvu, les capitales européennes ne savent pas comment appréhender ces sécessions. Paris, traditionnellement, penche pour la Fédération slave du Sud, Berlin plus pour l’éclatement de celle-ci.
Slobodan Milosevic, alors président fédéral, se sert de ce manque de cohésion pour s’opposer aux républiques rebelles. Au final, faute de volonté et de force politiques, de moyens adéquats, Bruxelles demandera l’arbitrage de l’ONU, l’envoi de Casques bleus, dont l’incapacité d’agir efficacement due à l’incurie du « Machin » causera la mort de dizaines de soldats onusiens, dont plusieurs Français… Enfin, l’implication des Etats-Unis conduira aux Accords de Dayton qui conduiront à l’éclatement de la Yougoslavie née en 1919, puis de nouveau en 1945, et contribueront au morcellement de notre continent. Cela me conduit aux messages de cette guerre. Certes, il y eut des massacres, sans doute supérieurs du côté de Belgrade, mais cela fut consécutif à la supériorité militaire fédérale ; car les rapports de force eussent-ils été à l’avantage des Croates ou Bosniaques, les résultats eussent été inversés !
De plus, quoi de plus normal pour un État que de défendre son intégrité territoriale, hier avec le conflit de 1990-1995, aujourd’hui avec celui, larvé, du Kosovo ! Sous prétexte de faire cesser les combats, l’Europe s’est rangée du côté de Washington, ravi de voir l’Europe affaiblie après le Traité fédérateur de Maastricht. Qu’en a-t-elle retiré ? Certes la paix est revenue, mais une paix sous perfusion européenne, aussi bien en Bosnie qu’au Kosovo, une zone de non droit dans les Balkans avec la mafia albanaise qui pullule dans le pourtour méditerranéen, un terreau favorable au terrorisme islamique qui s’est fait la main sur notre sol et dont les finances saoudiennes et iraniennes affluent dans les zones musulmanes… Slododan Milosevic a du sang sur les mains, mais comme disait l’Empereur Napoléon Ier : « Le cœur d’un Chef d’État est dans sa tête ». Je peux penser que, si nous avions soutenu Belgrade sous certaines conditions, nous aurions empêché ces exactions, écourté le conflit avec certes des vaincus, issue de toute guerre, mais avec une Europe moins fragilisée et plus crédible. Le troisième point fut l’incapacité de nos médias généralistes à traiter ce sujet. Se souvenant du dernier conflit mondial, les Croates, assimilés aux Oustachis pro-allemands, furent mis au départ au pilori face aux Tcheniks serbes luttant contre l’occupant. Puis, lorsque Paris décida d’agir contre le pouvoir central, nos journalistes et chroniqueurs se sont souvenus que les Tcheniks étaient royalistes, et qu’ils avaient lutté, avec l’aide tacite italo-germanique, contre les communistes titistes, devenus désormais des néo-nazis que le monde devait mettre hors d’état de nuire !
Gageons que la mort de Slobodan Milosevic va réveiller de récentes rancunes dans cette région. Mais, plus qu’une, c’est une mauvaise paix qui nuit à l’entente durable des peuples…
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