Bonnal Nicolas - lundi 13 septembre 2010
allemagne
La crise de l'euro, monnaie avec laquelle les "investisseurs" anglo-saxons, rêvent d'en finir, a fait un vainqueur : l'Allemagne. Avec une croissance trimestrielle de 2.2%, soit 9% sur un an, une hausse vertigineuse des exportations (29%), sur fond de baisse des déficits budgétaires ou autres, le pays d'Angela Merkel montre qu'il reste la première puissance industrielle non pas d'Europe mais du monde ; et qu'il a encore des chances de progresser.
D'une manière étrange et presque unique, l'Allemagne reste le seul pays européen qui ne décline pas, et surtout le seul pays occidental qui ne renonce pas à son destin industriel. Alors que tout le monde fait mine de croire qu'un société moderne se doit d'être post-industrielle, avec ses hôpitaux, ses commissariats et son pseudo secteur quaternaire, l'Allemagne croit encore aux automobiles, aux machines et au travail bien fait. Elle garde le destin industriel qui a été le sien depuis l'unification bismarckienne, et que ni les guerres ni les tendances lourdes de l'époque décadente n'ont pu inverser.
Bien plus, le devenir européen a permis à l'Allemagne de retrouver le destin de pivot européen qui était le sien dès la fin du XIXème siècle. Et l'on constante qu'alors que le Japon s'est désindustrialisé et que la Chine ne progresse que lentement dans ses exportations qualitatives à forte valeur ajoutée, l'Allemagne s'amuse et se joue des difficultés. Le vieillissement de sa population ne lui nuit pas. En se faisant vieux, les Allemands se font plus fort, au contraire par exemple des Français qui ont abandonné toute ambition industrielle ou même nationale, tout en se ridiculisant dans le domaine de l'intégration de leurs immigrés.
C'est là que justement le problème se pose : si les Allemands sont très forts, pourquoi jouons-nous dans la même équipe ? L'Allemagne trop forte est un mauvais voisin. En 1989, lors de la réunification, la Buba a augmenté drastiquement ses taux d'intérêt. On a vu le résultat : une crise économique et sociale très grave, une explosion du déficit budgétaire (entre les ministres Bérégovoy et Sarkozy, il a quadruplé), une cassure sociale, comme disait l'autre, dont on ne s'est jamais remis. Mais il fallait cela pour maintenir en état le serpent monétaire, ce monstre du Loch Ness mis au point par Giscard et son compère de l'époque. En 1991, avec des taux d'intérêt de plus de 10%, ce n'était pas le marché qui avait raison, c'était la Buba.
Après nous avons eu l'euro : il a favorisé les pays à monnaie forte comme l'Allemagne et la Hollande, il affaibli voire ruiné les pays à monnaie faible comme la France, ceux du pourtour méditerranéen ou la pauvre Irlande qui se voyait soudain plus riche que Manhattan après des siècles de misère agraire. L'euro est une boîte de Pandore dont on ne sait ce qu'elle donnera. On ne donne pas la même monnaie aux ingénieurs de Porsche et aux marchands d'olives qui rêvaient de vendre leur immobilier dix fois son prix.
Churchill, qui s'y connaissait, disait que les Allemands étaient la race la plus capable de l'Europe. Il reste à voir maintenant ce que les hommes d'affaires et industriels germaniques feront des Europe dont ils disposent. A l'Europe du Traité de Rome, décatie et décadente, s'oppose une nouvelle Europe, comme le disait justement Donald Rumsfeld, pour une fois bien inspiré, une Europe slave et une Russie continentale et bourrée de matières premières, avec laquelle les Allemands ont périodiquement collaboré, même au XXème siècle. Le crépuscule de l'euro, si tel est le triste sort qui nous attend, ne sera pas perdu pour tout le monde. L'Allemagne refera une Europe à sa guise, puisqu'elle n’a pas lâché la proie industrielle pour l'ombre des symboles numériques. Et je ne crois pas qu'une France sur le banc de touche pourra faire grand-chose.
Le renforcement de l'axe Berlin-Moscou sera le fondement de la géopolitique du XXIème siècle en Eurasie.
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