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L’Europe et le Kosovo indépendant |
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Lassieur Pierre - mercredi 26 mars 2008
turquie, serbes
L’indépendance du Kosovo a suscité des réactions contradictoires. La majorité des États européens, dont la France, l’ont reconnue. L’Espagne s’y est refusée, parce que cela constitue un mauvais exemple pour le Pays basque, et la Russie s’y est opposée, en laissant entendre qu’elle mettrait à l’ONU son veto à l’admission du nouvel État.
L’attitude de la France et celle de la Russie ne sont pas étonnantes. Attachés au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, nous avons tout naturellement pris une décision libérale, sans nous préoccuper de savoir où se trouvait notre intérêt personnel.
La Russie, quant à elle, a marché dans ses propres pas. Aux XVIIIe, XIXe et au début du XXe siècle, elle avait joué un rôle protecteur de la Serbie, à laquelle elle était liée par l’Église orthodoxe. D’autre part, si la Russie avait toujours soutenu la Serbie, c’était aussi pour faire pièce à l’empire d’Autriche et à l’empire ottoman. Enfin, depuis Poutine, elle s’est éloignée du libéralisme et elle pratique une politique d’opposition aux puissances occidentales qui, sous l’impulsion des États-Unis, ont accordé leur préférence au Kosovo indépendant.
Quant au Pays basque, il n’est pas comparable au Kosovo. Les Basques sont les habitants d’origine, tandis que des Albanais se sont introduits au Kosovo très progressivement.
Le conflit entre Albanais et Serbes est un reliquat de l’occupation ottomane. Un État serbe avait existé aux XIIIe et XIVe siècles, mais l’armée serbe a été battue en 1389 par l’armée ottomane au « champ des merles », situé au Kosovo même, qualifié de Vieille Serbie en tant que foyer initial de la nation serbe. Quelques décennies plus tard, la Serbie était annexée à l’empire ottoman. Alors, peu à peu, des Albanais se sont mis à prendre la place des Serbes. Aux yeux de l’occupant, ils bénéficiaient de l’avantage de s’être convertis à l’islam. Primitivement chrétiens, ils avaient suivi l’exemple de leurs seigneurs qui s’étaient convertis pour conserver leur domination. On sait, en effet, que d’après la Charia, les non musulmans sont soumis, en pays musulman, quant au moral, à des humiliations et, quant au matériel, à des impôts spéciaux.
D’autre part, à cause du caractère très belliqueux des Ottomans, la guerre a été à peu près incessante dans les Balkans jusqu’au XXe siècle. (Il faut reconnaître que les Serbes non plus ne sont pas des enfants de chœur…). Les Turcs ont fait deux fois le siège de Vienne (1529 et 1683). Il était inévitable que le passage des armées provoque, outre d’horribles massacres, des exodes de populations. C’est ainsi que des dizaines de milliers de Serbes se sont repliés, à plusieurs reprises, en compagnie de l’armée autrichienne qui battait en retraite. Ils voulaient éviter les représailles que les Turcs ne manquaient pas d’exercer envers ceux qui avaient collaboré avec leurs ennemis.
Tout naturellement, les Serbes du Kosovo qui allaient se réfugier au Nord ont été remplacés par des Albanais (terribles combattants, eux aussi). De siècle en siècle, de guerre en guerre, on en est arrivé à l’état actuel : deux millions d’habitants au Kosovo et seulement 100 000 Serbes environ…
Dans ces conditions, il semble inéquitable de refuser aux Albanais du Kosovo leur affranchissement de la tutelle serbe. Toutefois, la minorité serbe du Kosovo a le même droit moral au divorce que la minorité albanaise de la Serbie. Aussi, serait-il logique que la région de Mitrovica, où habitent la moitié des Serbes du Kosovo, limitrophe de la Turquie, lui soit rattachée. Resteraient quelques dizaines de milliers de Serbes disséminés. À moyen ou long terme, la plupart d’entre eux s’en iront sans doute. On pense aussi au Traité de Lausanne (1923) conclu entre les Turcs vainqueurs et les Grecs qui avaient envahi l’Anatolie en 1920. Ce Traité stipulait que 1 300 000 grecophones de nationalité turque mais de religion orthodoxe habitant l’Anatolie seraient échangés contre 500 000 turcophones musulmans habitant la Grèce…
Quoi qu’il en soit, il s’agira encore d’un recul d’une société chrétienne face à l’islam. En pensant à la tristesse que peuvent éprouver les Serbes du Kosovo, songeons à ce que pourraient devenir un jour certains départements français imprudemment livrés par nos gouvernants à des populations exotiques…
Pierre Lassieur auteur de « L’arrivée de la Turquie »,
Ed. Grancher, 2007
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