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L'Europe malade de la Belgique


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Menou Pierre - lundi 19 juillet 2010

belgique
Les socialistes wallons sont-ils des traîtres ? Des apostats de la bien-pensance estampillée par les gardiens de la vertu républicaine, je veux dire les journalistes de Libération ? Sur le site de ce quotidien, l’un de ces vigilants gardiens pose gravement la question : « Jusqu’où Elio Di Rupo est-il prêt à aller pour prendre la tête d’un gouvernement comprenant les indépendantistes flamands de la N-VA, grands vainqueurs des élections législatives du 13 juin en Flandre ? »

 

La réponse ne tarde pas : « Manifestement très loin. Le patron du PS francophone (…) vient d’envoyer un signal pour le moins nauséabond aux "flamingants" (nationalistes flamands) de tous poils en se montrant ouvert à une loi d’amnistie des Belges condamnés pour avoir collaboré avec les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. »

Suit un long article d’où il ressort que l’amnistie des Belges condamnés voilà 60 ans pour faits de collaboration est aujourd’hui la question principale autour de laquelle s’articule la vie politique de nos voisins. Il paraît en effet que cette question « a longtemps empoisonné le climat politique entre Néerlandophones et Francophones, le mouvement nationaliste flamand ayant massivement versé dans la collaboration. » Flamands égale SS ?

Pourtant, combien reste-t-il d’anciens collaborateurs en Belgique ? Au bas mot, ceux qui avaient 20 ans en 1944 en auraient 86 aujourd’hui. A 20 ans, il n’est pas certain qu’ils aient occupé des responsabilités de premier plan, mais le principal est de garder des « nazis » sous la main, n’est-ce pas ? On se demande d’ailleurs comment on fera et ce que deviendra le discours politique lorsque le dernier de ces cacochymes rejetons de la Bête Immonde aura cassé sa pipe : il faut souhaiter qu’un ou deux d’entre eux passent le record de longévité établi par feue Jeanne Calment, à moins que l’on trouve un moyen de les conserver au frigo, comme des hibernatus du bras tendu.

Auprès de cette question essentielle, la querelle linguistique apparaît secondaire : c’est incidemment que le rédacteur Libérateur s’inquiète des « droits des francophones », qui risquent, dit-il, d’être « sacrifiés sur l’autel de l’accord de gouvernement qui se profile. »

La fracture belge

Le magazine Monde et Vie, qui consacre son dernier dossier à « la fracture belge », n’a apparemment rien compris au problème, puisqu’on n’y trouve pas un mot du douloureux débat sur l’amnistie ou l’amnésie des collabos-alzheimer. En revanche, on y lit une interview de Franck Vanhecke, député européen du Vlaams Belang, parti indépendantiste flamand, et un long article de l’essayiste David Mascré, qui estime que l’accès de la Flandre à l’indépendance signerait « l’accélération du projet anglo-saxon d’inféodation de l’Europe au vaste empire américain. »

Dans l’entretien qu’il donne à Monde et Vie, le député du Vlaams Belang explique les motifs qui conduisent un nombre croissants de Flamands à aspirer à l’indépendance : « Flamands et Wallons forment deux peuples très différents, qui font des choix politiques et économiques également très différents, explique-t-il. La Wallonie est très socialiste, la Flandre très droitière. Les répercussions sur les choix de société sont beaucoup plus importantes que la question linguistique, toujours mise en avant. En Flandre, on recense 9 % de chômeurs et 23 % de fonctionnaires ; en Wallonie, 19 % de chômeurs et 40 % de fonctionnaires, ce qui signifie que près de 60 % de la population y vit de l’argent de l’Etat. A ma connaissance, c’est un exemple unique en Europe ! Cet état de chose durera tant que les Wallons n’auront pas à supporter les conséquences de leurs choix politiques : chaque année, la Flandre investit, par le biais des impôts et de la Sécurité sociale, 250 milliards d’euros en Wallonie. Or, au parlement fédéral, les socialistes wallons bloquent tout changement en exerçant un droit de veto, que l’on appelle la sonnette d’alarme. »

Vers la balkanisation de l’Europe

Voilà qui recadre la querelle d’une façon très différente de l’article de Libération. David Mascré considère pour sa part que la victoire des indépendantistes aux dernières législatives « marque une avancée de plus sur la voie de l’édification d’un Etat mondial », par un mouvement de contagion aux Etats-nations. « Dans le droit fil des principes et processus politiques définis par les géostratèges américains (Brezinski, Kissinger), elle conduira à la balkanisation de l’Europe, via la constitution de centaines de banthoustan – petites enclaves territoriales composées sur la base de regroupements de population ethniquement et culturellement homogènes. »

Ainsi, Bart de Wever, président du parti indépendantiste N-VA, grand vainqueur des récentes législatives, a récemment déclaré que l’Europe et les grandes régions confédérées sont appelées à devenir les « deux niveaux de compétence les plus importants. »

« L’autonomisme flamand ouvre la boîte de Pandore des sécessions et partitions sans fin », avertit David Mascré. Or, « Loin de donner à la Flandre ou à la Wallonie une liberté supplémentaire, le processus de régionalisation va au contraire accélérer la mise sous tutelle des provinces belges à l’égard de l’UE. Une Flandre ou une Wallonie autonomes, puis demain indépendantes, non seulement ne seraient pas plus souveraines, mais verraient au contraire leur soumission au pouvoir politique de l’UE encore renforcée. Comme tous les Etats membres de l’UE, elles devront se plier aux normes européistes et, plus exactement, aux principes de l'organisation politique européenne qui sont : la régionalisation, la coopération transfrontalière destructrice des frontières nationales, la reconnaissance du principe ethniciste, l'aménagement du territoire ou encore le code civil européen (…). Mais à la différence d’États historiquement constitués comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, elles ne disposeront d’aucun des instruments de puissance ou de souveraineté susceptibles de faire pièce à la volonté toujours plus marquée d’expansion normative et d’intrusion régulatrice dans le quotidien des gens promues, portées et encouragées par les instances supranationales de l’UE. »

Le droit du peuple flamand à disposer de lui-même ne serait ainsi qu’« une étape dans le mouvement de décomposition des peuples européens ».

Pierre Menou


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