Rouxel Jean - dimanche 11 septembre 2005
(Voir notre page spéciale Turquie - inclue l'animation flash "Euroqueers" )
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissaient le 2 septembre. Plat de résistance des discussions: l’ouverture des négociations avec la Turquie, prévue pour le 3 octobre prochain. On se souvient qu’en décembre dernier, l’Union européenne avait décidé d’en passer par toutes les exigences de la Turquie. Elle avait même renoncé à exiger la reconnaissance de Chypre par cette dernière. Cette démission conduit logiquement à une situation ubuesque, puisque Chypre est une bonne voie d’adhésion à l’UE. Or, l’adhésion d’un nouveau pays implique l’unanimité des anciens. Comment imaginer que Chypre donne son accord à l’adhésion d’un pays, qui occupe illégalement son sol et qui refuse de reconnaître sa souveraineté? Il faut donc choisir entre Chypre et la Turquie, mais, dans l’état actuel des choses, il n’est pas possible d’avoir les deux. Cette donnée élémentaire semble avoir échappé à nos gouvernants. Mais les peuples disposent encore de quelque bon sens et les récents référendums ont souvent eu pour motivation (parmi d’autres) de dire non à la Turquie. Résultat: les dirigeants français, qui figurent sans aucun doute parmi les plus démagogues de toute l’Union, ont joué les matamores et criant à qui voulait l’entendre que la Turquie n’était pas encore dans l’Europe et qu’elle devrait satisfaire nos “exigences” en reconnaissant Chypre. Philippe Douste-Blazy était censé tenir ce discours à Bruxelles. Mais, entre-temps, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a fait savoir qu’il avait été aussi loin que possible dans l’affaire chypriote et que la Turquie n’avait “plus rien à donner” (sic) en la matière. Les 25 ministres européens ont bien reçu le message: dorénavant, il n’est plus question que Chypre bouleverse le calendrier des négociations avec la Turquie. On revient donc au point de départ: il n’y a plus d’objection à ce que la Turquie négocie avec l’UE sans en reconnaître tous les membres. La France, en cette affaire, n’en est pas à une duplicité près, puisqu’elle a fait partie des pays qui ont formulé en 1998 une objection… à l’adhésion de Chypre, tant que l’île serait coupée en deux! Position outrancièrement favorable à la Turquie – et rejetée récemment par la partie grecque de l’île. Bref, beaucoup de bruit pour rien: la Turquie commencera bien les négociations avec l’UE le 3 octobre, sans avoir évolué d’un iota sur la question chypriote. Seule la confiance des peuples en leurs dirigeants se sera encore émoussée…
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