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L’Europe : un débat sans passion


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Rouxel Jean - dimanche 27 février 2005


L’Espagne est devenu le quatrième pays européen à ratifier le référendum sur la Constitution. Mais elle est surtout le premier pays à ratifier par référendum.
Ce référendum a été marqué par une nette victoire du « oui » (76,7 % des suffrages exprimés) et une très faible participation (6 % des suffrages exprimés étaient blancs et surtout l’abstention s’élevait 57,7 %).
Ceci a fait dire aux commentateurs français, selon leur goût propre, soit que l’Espagne montrait la voie à la France, soit que l’Espagne ne se passionnait pas pour l’Europe.
La première thèse est clairement fausse. L’Espagne et la France, sur ce vote, n’ont rien de commun : aucun grand parti, aucun grand leader politique espagnol, n’appelait à voter « non ». Chacun sait que le vote français sera beaucoup plus serré.
Au demeurant, l’Espagne voit, beaucoup mieux que la France, ce que lui apporte l’Europe : depuis près de vingt ans que ce pays a rejoint l’Union européenne, elle a connu un développement, auquel les fonds européens ont apporté une aide précieuse et évidente.
En France, l’aide européenne (notamment pour la mutation agricole dans les années soixante) ne fut pas moins réelle, mais elle commence à dater et surtout elle se voit beaucoup moins. Aussi les Français sont-ils conduits à dire, comme Mme Thatcher en son temps : I want my money back !
En revanche, il est vrai que l’Espagne a voté sans passion : il n’y a pas eu de grand débat européen à l’occasion de ce référendum et la faible participation reflète bien la faible prise en compte des enjeux du scrutin.
Mais, les commentateurs français ont souvent avancé cette thèse pour déplorer ce manque de passion. On pourrait imaginer que cela signifie que l’heure des grands débats est passée et donc que l’Europe fait désormais partie du paysage.
Cependant, ce débat dépassionné n’est pas général. La réalité, c’est qu’il n’y a pas de débat européen dans les pays qui profitent visiblement des subsides de Bruxelles. Les autres sont beaucoup plus réticents devant la construction européenne.
Ceci signifie une chose : la « citoyenneté » européenne, c’est-à-dire le fait de se définir soi-même comme Européen, n’est pas acquise et n’est, pour le moment, qu’une fonction de l’intérêt que nous avons à demeurer dans l’Union européenne.
L’Europe n’est certes plus un enjeu idéologique, mais elle est loin d’être déjà un acquis culturel…

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