Sadot Philippe - mercredi 30 août 2006
Jeudi 24 août, le Président de la République, Jacques Chirac, a décidé de renforcer notre contingent onusien au Liban après un mois de lutte entre le Hezbollah et Israël. Ainsi, près de 1 700 hommes supplémentaires renforceront les 400 déjà présents au sein de la Finul au Sud Liban. La France s’engage donc, une nouvelle fois, de façon conséquente au Pays du Cèdre. L’histoire des vingt dernières années dans cette partie du Moyen-Orient ne fut pas de tout repos pour notre pays, et plus particulièrement pour nos militaires : attentat contre notre ambassade en 1981, assassinat de notre représentant diplomatique la même année, camion- suicide contre le bâtiment du Drakkar, causant la mort de 53 parachutistes du 1er Régiment de Chasseurs Parachutiste (RCP), sans compter les 83 soldats français décédés sous béret bleu !...
Et pour quel résultat, si ce n’est que la présence palestinienne, source de tous les troubles, a été remplacée par celle du Hezbollah, qui est sans doute plus terrifiante que la première : véritable bras armé et politique de l’Iran, aux ambitions religieuses, politiques régionales, voire mondiales ! Quelle sera donc la mission de nos troupes ? En application de la résolution 1701 (PDF du texte de la résolution 1701), qui a permis une trêve dans la région, elles épauleront l’Armée libanaise pour le contrôle du cessez-le-feu et pour récupérer les armes de la milice chiite, et remettre en état les infrastructures…
Si, en théorie, tout peut paraître simple, « Entre les militaires et les diplomates, […]. Leur métier n’est pas le même. Ils n’agissent pas dans le même environnement. Les diplomates sont à New York, leur but est de mettre au point un texte et le flou aide parfois à trouver un consensus. Les militaires, eux, sont dans la réalité et la réalité sur un champ de bataille, ce n’est pas du flou », déclarait justement notre ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie.
Pour prévenir le risque d’une répétition des années 80 au Liban, ou de la décennie suivante en Yougoslavie ; Jacques Chirac a « par ailleurs demandé au Secrétaire général des Nations Unies de placer la force dans des conditions d’efficacité et de sécurité optimales.
Nous avons obtenu de l’ONU les clarifications nécessaires : sur la chaîne de commandement, qui doit être simple, cohérente et réactive ; sur les règles d’engagement, qui doivent garantir la liberté de circulation de la force et sa capacité d’action face à d’éventuelles situations hostiles ». Le Général Pellegrini, commandant la Finul-bis, sera seul juge de la situation a adopter dans « d’éventuelles situations hostiles », et pourra donc riposter a tout manquement au mandat de l’ONU.
Or, nous pouvons imaginer que cette Finul renforcée devienne l’otage d’une stratégie syrienne, et davantage iranienne. La première, évincée du Liban depuis 2005, n’a jamais toléré notre politique libanaise : le meurtre de Louis Delamare en septembre 1981, monté par les services syriens, en fut une preuve criante. La seconde dont les ambitions nucléaires militaires sont plus qu’affichées, pourrait donc faire pression sur le futur contingent à dominante européenne pour que la diplomatie de l’Union Européenne (UE) soit plus conciliante, au contraire de celle des États-Unis d’Amérique, plus coercitive.
Que fera la France, et donc la Finul, en cas d’attentat similaire à 1983, de non-respect de quelques chefs de la milice au mandat onusien, d’incursions de commandos israéliens : ripostera-t-elle de façon proportionnée, au risque d’un conflit ouvert avec l’un des deux protagonistes ? Ou restera-t-elle l’arme à la bretelle, comme, c’est souvent le cas sous couleur azur, et ce malgré les affirmations de Jacques Chirac.
Enfin, je témoignerai ma gratitude envers nos troupes qui vont côtoyer des membres du Hezbollah, responsables de la mort de dizaines de leurs camarades 23 ans auparavant…
Ne nous voilons pas la face, si l’ONU est impartiale, le Hezbollah ne l’est pas. Ses buts sont : une implantation complète au Liban, la défaite d’Israël, celle de l’Occident en général, l’instauration d’une hégémonie islamique dans tout le Moyen-Orient, et le monde. Tout cela sous l’œil bienveillant de Téhéran, soutenu diplomatiquement par Pékin… Oui, Israël a eu raison d’entrer au Sud Liban pour tenter d’annihiler cette hydre putride du Hezbollah, et l’Occident, en front commun aurait dû épauler Jérusalem dans cette difficile tâche. L’ONU arrivera-t-elle à éteindre les braises alors que Tsahal aurait pu éteindre l’incendie ?… .......... Qu'est-ce que la Finul ? : http://www.un.org/french/peace/peace/cu_mission/finul/finul.htm (site des Nations Unies)
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