Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 07 septembre 2011
iran, livres, islam
Les éditions Tatamis ont eu l’excellente idée de publier, en partenariat avec le Middle East Media Research Institute (MEMRI), un recueil de déclarations parues dans les médias arabes ou iraniens. Nous, Occidentaux, sommes, en règle générale, très loin de soupçonner la teneur du débat public dans ce Moyen-Orient qui gouverne largement la paix mondiale. Et, de ce fait, ce recueil constituera, pour beaucoup d’entre nous, une découverte – et pas une découverte agréable !
Les déclarations qui y sont compilées ne sont pas le fait de djihadistes radicaux, mais elles font froid dans le dos. Par leur contenu et aussi, précisément, par le fait qu’elles ne sont pas des textes marginaux, mais reflètent bien l’opinion « moyenne ».
Naturellement, on peut penser que le MEMRI a exagéré. Que son choix est partial. C’est très possible. Il reste que ces déclarations existent et qu’il faut tenir compte de cet état d’esprit de la « oumma » pour comprendre le monde qui nous entoure…
Voici quelques citations glanées au hasard :
Un ancien ministre jordanien explique « que l’Espagne est aussi terre d’islam » (p. 13).
Un professeur koweïtien déclare : « Nul ne craint plus Dieu que ces prétendus terroristes [il s’agit des militants d’Al Qaïda…]. Ce sont les gens les plus nobles, les meilleurs au monde » (p. 20).
Un ministre du Hamas explique que « seul un fou peut penser que les Juifs sont des êtres humains » (p. 73).
On pourrait continuer longtemps cette triste litanie. Mais je pense que cela suffit à donner le ton.
Tant que ces discours seront largement partagés par les dirigeants et les peuples arabes ou iraniens, la planète continuera à vivre sous la menace d’une conflagration majeure.
Pour l’heure, les dirigeants occidentaux se cachent derrière l’idée que l’islam est une religion de paix et de tolérance et que ces quelques citations sont marginales et non représentatives de l’islam.
Je viens de dire qu’elles n’étaient pas marginales et que, bien au contraire, bon nombre des dirigeants avec lesquels l’Europe et les États-Unis discutent en partagent le fond.
Reste à savoir si elles sont représentatives de l’islam. Le problème est que nous n’avons aucun moyen de le savoir et que cette question n’a aucun sens en islam.
Le Coran présente bien des phrases incitant au meurtre, à l’oppression des femmes, ou à l’asservissement des minorités religieuses. Il présente certes, également, des phrases en sens contraire. Comme tout corpus doctrinal, le Coran doit être interprété – et il l’est, de fait, en permanence. Mais la base de l’islam, c’est que le Coran est sorti directement de la bouche de Dieu, sans médiation humaine, ce qui ne laisse aucune place à un débat au grand jour entre interprétations divergentes.
Puisqu’aucun docteur de l’islam ne peut admettre qu’il tient tel verset pour purement allégorique et tel autre pour incompréhensible si l’on ne tient pas compte du contexte de rédaction, toutes les interprétations se valent.
Et, dans ce conflit des interprétations, les plus primaires ont un énorme avantage : elles sont les plus proches de la lettre. Par conséquent, quoi que nous pensions, l’interprétation de Ben Laden est aussi légitime que celle de Boubakeur – et sans doute beaucoup plus pour les musulmans les plus fidèles.
C’est tout le contraire dans le christianisme. Il existe des versets d’appel au meurtre dans la Bible ; il existe des versets contradictoires. Mais il existe aussi une autorité interprétative (le Pape, les conciles) qui permet de trancher les débats doctrinaux.
Ce n’est évidemment pas à nous, non musulmans, qu’il revient de résoudre le conflit entre interprétations divergentes du Coran.
En revanche, nous pouvons jouer un rôle politique majeur. Nous pourrions parfaitement refuser de discuter avec les dirigeants musulmans soutenant l’interprétation de l’islam radical. Au lieu de quoi, nous laissons persécuter les voix marginales du monde arabo-musulman (le bloc de l’espoir, dont parle également ce livre). Tant que nous n’aurons pas fait le choix de privilégier le discours de l’espoir et de condamner le discours de la haine, nous contribuerons à l’expansion du totalitarisme de l’islam radical…
Jean Robin
présente :
Entre la haine et l’espoir
Tatamis
251 pages – 20 €
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