Artur du Plessis Laurent - mercredi 04 juillet 2007
terrorisme, islamisme, attentats
Au moment de commémorer les attentats du 7 juin 2005 dans les transports en commun londoniens - 56 morts, dont leurs quatre auteurs - la Grande-Bretagne est en état d’alerte maximale. Les terroristes islamistes sont repassés à l’action, avec des techniques frustres, dans des lieux bondés, comme à l’accoutumée.
Le 29 juin, ils placèrent deux Mercedes bourrées de bidons de carburant et de clous dans le cœur touristique de Londres. La police a trouvé la première près d’une discothèque où se trouvaient 500 personnes. Elle avait été alertée par des ambulanciers ayant cru voir de la fumée sortir du véhicule. La seconde, garée non loin de là, sur un emplacement interdit, a été enregistrée dans une fourrière, un peu plus tard. Les détonateurs devaient être actionnés par portable. L’explosion aurait provoqué une hécatombe.
Peter Clarke, chef de la section antiterroriste de Scotland Yard, estime que ce complot terroriste ressemble à d’autres, qui furent déjoués. Exemple : une tentative d’Al-Qaida de faire exploser, dans plusieurs parkings souterrains du Royaume, des véhicules remplis de bouteilles de gaz et d’essence. Paul Beaver, expert du renseignement, trouve cette action analogue à celles perpétrées par les islamistes en Irak, dans le sud du Liban et les Territoires palestiniens.
Et le nouveau Premier ministre, Gordon Brown, laisse entendre que toutes les attaques seraient liées à Al-Qaida y compris celle du 30 juin : deux fanatiques tentèrent de forcer avec une jeep Cherokee la porte principale du terminal de l’aéroport de Glasgow. Gêné par des bornes de protection, le véhicule s’encastra dans la porte. L’un des hommes l’arrosa d’essence et l’enflamma. Si les terroristes avaient réussi à faire exploser leur voiture piégée dans le bâtiment, il y aurait eu des centaines de morts. Ils ont quand même causé de lourds préjudices. La fumée a infligé de gros dégâts au terminal, qui fut évacué, et tous les vols furent suspendus. Des dizaines de passagers furent bloqués dans des avions au sol, et les routes menant à l’aéroport fermées. Face au terrorisme islamiste, l’Occident est un géant de porcelaine : sa sophistication le rend vulnérable.
L’état d’alerte terroriste a été relevé au niveau « critique », maximum : un attentat est « attendu de façon imminente », comme dit la ministre de l’Intérieur, Jackie Smith.
Le MI5 (services secrets) surveille 1 600 personnes complotant contre la Grande-Bretagne. En novembre dernier, son ex-patronne, Élizabeth Manningham-Buller, a révélé que, depuis les attentats de juillet 2005, ses services avaient détecté près de 30 complots et en avaient déjoué « cinq très importants ». En août 2006, un nouveau 11 septembre a été évité par le démantèlement d’un réseau voulant faire sauter simultanément plusieurs avions de ligne reliant la Grande-Bretagne aux États-Unis avec des explosifs maquillés en boissons. Mais le filet n’est pas étanche : tout comme les attentats de 2005, ceux de la semaine dernière n’avaient pas été prévus.
Qui commet ces attentats ? De jeunes musulmans britanniques, principalement d’origine indo-pakistanaise, de la deuxième génération du « Londonistan ». Fanatisés par les prêches intégristes, brûlant d’une haine antioccidentale, ils détestent l’engagement du Royaume-Uni en Irak et en Afghanistan, l’arrestation de prédicateurs extrémistes, l’ennoblissement de Salman Rushdie…
Ils forment de nombreux groupes peu structurés, disséminés sur le territoire britannique, capables d’agir à tout moment sans avoir été repérés.
La France aussi est visée, comme l’a rappelé notre ministre de l’Intérieur. Malgré sa « politique arabe », les islamistes lui reprochent d’être la patrie de la laïcité et de la loi sur le voile. Ils voient son nouveau président comme un « suppôt » des États-Unis et d’Israël. Le plan Vigipirate reste au niveau 3 (rouge) sur 4. En outre, la France est le théâtre d’une montée des batailles rangées et autres violences perpétrées par les jeunes issus de l’immigration, sur lesquels l’intégrisme étend son emprise. L’État ferme les yeux sur le trafic de drogue, censé être une soupape de sécurité diminuant les tensions.
Mais celles-ci se sont multipliées cette année. En témoignent les violences du 27 mars à la Gare du Nord. Et celles de Cergy (Val d’Oise), le 17 juin : des bandes et la police s’affrontèrent dans un climat de guerre civile, en marge du festival des cultures urbaines. L’État ne veut pas voir non plus les dépôts d’armes (fusils-mitrailleurs, RPG…) dans les banlieues. La politique de l’autruche prévaut, face à la gestation d’un conflit ethno-religieux à la yougoslave.
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