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L’affaire Arthus-Bertrand en Argentine, un scandale bien français


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Bonnal Nicolas - mercredi 05 mars 2008


Je vis à Puerto Iguazu, en Argentine, aux portes du Brésil et du Paraguay. J’y ai loué une maison pour écrire et publier en espagnol et en anglais un recueil de contes et de fables intitulé « Rencontre avec les animaux des cataractes ». J’ai fait tout cela à mes frais, en même temps que je me faisais des amis dans toute la localité de Puerto Iguazu, une des trois capitales du tourisme en Argentine. Les cataractes d’Iguazu reçoivent plus d’un million de touristes par an et sont certainement un des plus beaux endroits du monde.

Là-dessus, j’apprends un scandale : le dénommé Yann Arthus-Bertrand arrive avec une équipe d’athlètes du reportage, s’installe au Sheraton, consomme, boit (boit beaucoup, d’après ce que j’ai entendu), vole (c’est le cas de le dire) en hélicoptère durant des jours… et s’en va sans payer. On fait croire que l’argent viendra par transfert… L’ardoise est de 32 000 euros, belle somme en Argentine, alors qu’une agence imprudente, ici très fameuse, n’avait même pas demandé d’empreinte de carte bleue.

Nos lascars s’en vont à 600 kilomètres plus au sud, à Posadas, et c’est là que, quand même, ils se font arrêter. Pourparlers, tractations, menaces françaises (récemment d’ailleurs, le président colombien Uribe - exaspéré - a humilié en public l’impayable Kouchner), puisque l’on évoque un cousin de notre bien-aimé président connu aussi pour ses goûts de luxe.

Suivant une stratégie bien française, Arthus-Bertrand menace et accuse, alors qu’il ne paie toujours pas la note. D’après lui, on le persécuterait pour l’empêcher de faire un reportage sur un barrage nuisible à la santé de la population. Or de ce barrage (represa de Yacyreta), la presse locale parle tous les jours, je suis bien placé pour le savoir. Les barrages ont tous des effets pervers, c’est un secret de Polichinelle. Mais le vrai secret est que, sur pression diplomatique, le lascar est libéré et qu’il ne paie toujours pas. Le bonhomme est pourtant millionnaire, et ses horribles photos vues du ciel lui ont rapporté de quoi vivre comme un oligarque.

Mais c’est là justement le problème, comme j’explique à mes amis argentins. C’est parce qu’il est riche et célèbre (pas en Argentine, je vous l’assure : hors de l’Hexagonie, les Français ne sont rien, sauf Édith Piaf ou Alain Delon) qu’il ne veut pas payer et qu’il ne paiera pas. Je me souviens de cette journaliste fameuse, championne des « ménages » et femme de ministre, qui refusa de payer sa note salée à l’hôtel Impératrice Eugénie de Biarritz, des ardoises fantastiques de la famille Chirac et de ses frais de bouche, de la bécasse de Garde des sceaux qui louait une suite au Ritz, de l’escapade d’Estrosi en jet, de tout un tas de détails qui font de la France une république afro-bananière.
Je me souviens aussi de cette remarque de Jean-François Revel sur cette police à deux vitesses qui retrouve très vite une mobylette présidentielle ou un sac de ministresse. S’agissant d’Arthus-Bertrand - dont je trouve la transformation de la Terre en cabinet de curiosités répugnante et dangereuse - j’avais lu dans la revue « Capital » que, pour lui, tout était gratuit, sauf ses photos et ses livres. Les vols (re-sic) d’Air France, les hôtels, les balades en hélico géant qui brûlent 400 litres de kérosène par heure (merci l’écologie, merci le donneur de leçons), les bouffes à 400 euros, tout cela est gratuit. Il est donc normal d’arriver en Argentine, de ne rien payer, de pousser une agence de voyages trop confiante à la faillite et de hurler à la conspiration, suivant les bonnes vieilles méthodes staliniennes ou mafieuses.

Tout cela est gratuit, et tout cela a été théorisé par l’inévitable Attali, liquidateur patenté des moyens et des pauvres dans notre Hexagonie bien-aimée. Attali a inventé l’expression de surclasse pour désigner cette caste de puissants et riches oligarques, de décideurs, comme on dit aujourd’hui, qui ne doivent rien payer. Pour eux comme pour le footballeur Ronaldinho, payé 25 millions d’euros par an, et qui sort sans argent, tout doit être gratuit. Avec un exemple qui vient d’en haut comme cela, on ne peut que souhaiter une grande et prompte réussite à la société française. Comme j’aime l’Argentine et que je compte y rester, je souhaitais écrire ces lignes sur ce cas d’école bien français.

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