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L’affaire Bettencourt – Haines, jalousies et mentalité française |
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Lambert Christian - mardi 20 juillet 2010
Quelle affaire, mon Dieu ! Voilà une dame de 87 ans, harcelée de toute part par les journalistes, voire la police, soupçonnée d’abominations, livrée chaque jour en pâture à la presse. Quel crime a-t-elle bien pu commettre ? Eh bien, je vais vous dire quel est ce crime. Elle est riche et, en France, la richesse, la plus honnête soit-elle, est une sorte de tare criminelle ! C’est là une mentalité très profonde chez le peuple français, trop souvent faite de haine et de jalousie. L’anticapitalisme viscéral des Français, leur condamnation de la richesse même modeste, leur volonté égalitariste par le bas, voilà ce que démontre l’affaire Bettencourt. De cette mentalité-là, la France, je le crains, ne se relèvera pas.
Je ne vais pas entrer dans les détails de cette comédie nauséabonde. Les médias y consacrent plusieurs pages par jour, alimentés notamment par une agence – un site internet – dirigée par un journaliste d’extrême gauche au passé politique bien connu. Je m’efforcerai seulement d’en tirer la philosophie, si toutefois on peut parler de philosophie dans une affaire pareille.
Liliane Bettencourt est l’héritière de son père Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, l’une des plus belles industries de notre temps. Il a réussi. Il a accumulé une fortune dont sa fille est la très légitime propriétaire. Alors, pourquoi ne ferait-elle pas de ses avoirs ce qu’elle veut ? Sans doute s’est-elle laissé abuser par un aigrefin détrousseur de vieilles dames fortunées et s’est-elle, de ce fait, brouillée avec sa fille. Mais cela s’inscrit dans le cercle familial et n’aurait jamais dû devenir une affaire d’État.
Qu’elle fasse remettre 150 000 euros à Éric Woerth – vrai ou pas vrai – ou 250 000 euros aux petites sœurs des pauvres, ou encore une belle enveloppe à Ségolène avec un coffret de rouge à lèvres (encore que Ségolène a Pierre Bergé pour bienfaiteur, mais l’on n’en parle pas), qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? C’est son affaire, ce n’est pas l’affaire de la France.
C’est ce que j’ai dit. Mais on m’a répondu avec pertinence que la France n’était ni les États-Unis, ni la Suisse. On m’a clairement expliqué que le droit de propriété, pourtant reconnu par la constitution, était précaire. La propriété en France n’existe que sous la menace de la toute-puissante administration fiscale qui, avec les deux armes dont elle dispose, les deux codes des impôts aux milliers d’articles d’une complexité effroyable, peut faire ce qu’elle veut, y compris vous ruiner.
Pour les entreprises, la nationalisation permet à l’État de s’en emparer. On a vu cela, il n’y a pas si longtemps, avec les résultats obtenus : catastrophiques. Et, aujourd’hui, dans cette affaire, ne voit-on pas l’appartement du conseiller financier de Mme Bettencourt, M. Patrice de Maistre, faire l’objet, une journée durant, d’une perquisition spectaculaire, ordonnée par la magistrature et effectuée par les policiers de la brigade financière, protégés dans la rue par des cordons d’autres policiers. C’est tout juste si le quartier n’a pas été bouclé pour que nul n’en ignore. Et le voici en garde-à-vue ! Mais on n’en reste pas là : les perquisitions vont se multiplier. Pour trouver quoi ? On dirait que Mme Bettencourt et ceux qui l’entourent sont des narco-trafiquants !
Bref, tout le monde s’en mêle, avec écoutes clandestines illicites, pratiquées par un valet indélicat, ce qui est une infraction d’atteinte à la vie privée. L’exécutif est atteint au plus haut niveau, le législatif vocifère et le judiciaire récolte toutes ses affaires. Tout le monde porte plainte contre tout le monde. Tout le monde patauge dans un véritable cloaque, c’est-à-dire une agitation politico-médiatique qui crée un climat détestable et donne une image déplorable du monde politique français qui, déjà discrédité, n’avait pas besoin de cela. Alors que l’on ne s’étonne pas qu’il y ait désormais de 70 à 80 % d’abstention aux élections !
En tout cas, il apparaît dans cette affaire que c’est la droite qui est pourrie. On le proclame, mais au moment même où j’entends cela, j’apprends que la député socialiste Sylvie Andrieux est mise en examen pour complicité de tentative d’escroquerie et complicité de détournement de fonds publics (740 000 euros de subvention – nos fameuses subventions – remis à des associations présumées fictives). En réalité, c’est le système qui est pourri ! L’affaire Bettencourt une fois classée, on verra surgir d’autres affaires de même nature dans un monde politique où l’argent est le carburant de toute chose.
Les financements en tous genres des partis politiques en France (au total 283 !), c’était en 2008 : 52 108 172 euros pour l’UMP et 56 166 852 euros pour le PS, en majorité venant de belles dotations tirées de la poche du contribuable. Mais une campagne présidentielle exige beaucoup plus, quelque 100 millions d’euros. Où les trouver ? Chez Mme Bettencourt ? Non. Il y a bien plus riche que Mme Bettencourt, en dehors de nos frontières… où l’argent n’a pas d’odeur… n’insistons pas. C’est ce qu’on appelle la « république exemplaire ».
Quel sera le dernier chapitre de ce mauvais feuilleton ? Probablement, un jour, la délocalisation de L’Oréal en Suisse, où l’attend le groupe Nestlé déjà actionnaire à 30 % du groupe français de cosmétiques, Nestlé n’ayant nulle envie de subir les multiples contraintes et les coups du fisc auxquels sont exposées les entreprises en France, ainsi que la jalousie ambiante entretenue par un syndicalisme agressif et destructeur. Au plan financier, Nestlé n’aura aucune difficulté à lancer une offre publique d’achat (OPA) sur les 70 % restants du capital de L’Oréal, sa très florissante trésorerie le lui permettra, sans même faire appel aux banques.
Ce jour-là, le fisc français ne retrouvera pas les 397 millions d’euros d’impôts acquittés par Mme Bettencourt ces dix dernières années, mais on aura quelques dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires.
Voilà sans doute ce à quoi vont aboutir la mentalité française et la politique qui en est issue. Et ce ne sera probablement pas le seul groupe industriel à suivre cette voie, comme l’écrit Yves de Kerdrel dans le Figaro du 16 juillet, à qui j’emprunterai ma conclusion :
« Lorsque tous les chênes du capitalisme familial auront été petit à petit taillés en pièces par cette haine des riches, par cette jalousie gauloise, par une insécurité fiscale permanente et par ce « tir aux fléchettes » qui consiste à s’en prendre successivement à tous les fleurons du CAC 40, les Français pourront aller verser des larmes de crocodile. Ils pourront s’étonner que la France sorte plus vite que prévu de la première division des pays industrialisés. Ils pourront se demander pourquoi cette 5e puissance économique mondiale se retrouvera d’ici à 2020 loin derrière le Mexique et la Corée du Sud, et même l’Autriche. ».
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