Milliere Guy - jeudi 08 avril 2010
liberalisme
Je suis loin d’être toujours d’accord avec ce que dit ou écrit Éric Zemmour. Il est plutôt gaulliste et nationaliste ; je ne suis ni l’un ni l’autre.
Il a des préjugés antiaméricains ; malgré Obama, les États-Unis sont un pays que j’aime profondément. J’ai des difficultés à discerner les contours de son discours sur le judaïsme et Israël ; je suis agnostique, proche du monde juif et très attaché à Israël.
Ses positions en politique étrangère sont très proches de la realpolitik ; je suis proche des valeurs néo-conservatrices. En économie, il n’est pas libéral et je le suis.
Mais je suis profondément attaché à la liberté de parole et je trouve scandaleuse la cabale déchaînée contre lui depuis bientôt deux semaines. Je suis en faveur d’un pluralisme plein et entier, d’une suppression de toutes les lois qui visent à définir ce qu’on a le droit de dire et de penser, et qui vont même, quelquefois, jusqu’à donner une définition juridique de l’histoire, alors que celle-ci ne devrait être que du ressort des historiens.
Je suis en faveur de tous les calculs statistiques et, parmi les arguments que j’ai pu entendre ces derniers temps autour de « l’affaire Zemmour », le plus ubuesque a été, selon moi, celui clamant qu’on ne peut dire s’il y a davantage de membres de certains groupes ethniques dans les prisons « parce que les statistiques ethniques sont interdites en France ».
Le rôle des statistiques est de mesurer. Une fois qu’on a mesuré, on peut débattre de ce qu’on a mesuré, des causes, des effets, des conséquences. Si on ne mesure pas, on crée des tabous qui sont bien pires et bien plus délétères.
On me demande parfois quelles mesures je suggérerais pour que la France commence à aller mieux. Il y en aurait énormément, mais, pour citer un livre que j’ai signé avec trois amis avocats intitulé « Avancer vers l’État de droit », la première serait d’établir enfin un État de droit en France. Employer cette expression pour désigner le pays aujourd’hui relève de l’imposture.
Établir l’état de Droit, cela impliquerait non seulement de supprimer toutes les lois qui permettent l’exercice d’une police de la pensée et qui font les affaires d’un certain nombre d’organisations porteuses d’une vision robespierriste de la société, mais aussi de remplacer par une loi digne du XXIe siècle la loi de 1881 sur la presse, l’imprimerie et la librairie, qui institue une liberté surveillée.
Cela impliquerait de libérer le secteur audiovisuel et de réduire considérablement les prérogatives du CSA.
Cela impliquerait d’établir la présomption d’innocence dont on parle beaucoup, mais qui est violée quotidiennement un nombre incalculable de fois.
Cela impliquerait une réelle séparation des pouvoirs, une liberté de financement des partis politiques, une limitation des délits susceptibles de peser sur la parole publique aux incitations au meurtre et au génocide, au vol, au viol, donc à ce qui conduit à porter atteinte à la propriété des individus sur eux-mêmes et sur leurs biens.
L’antisémitisme et le racisme me répugnent, mais je préfère qu’un raciste ou un antisémite dise qui il est plutôt que de le voir procéder de manière hypocrite.
Il faudrait, bien sûr, aller plus loin dans une multitude de domaines : libérer l’entreprise et les flux de capitaux, libérer l’éducation par des moyens tels que le chèque éducation, libérer l’université, car le capital intellectuel est crucial pour le monde de demain et une bonne part des universités françaises, si elles étaient gérées comme des entreprises seraient en dépôt de bilan. Mon ami Jacques Garello a élaboré pendant des années des programmes pour un parlement ou pour un président : la quasi-totalité des propositions énoncées sont toujours à l’état de proposition.
Quand « l’affaire Zemmour » aura quitté les premières pages, on passera à autre chose, et c’est extrêmement dommage, car ce pourrait être l’occasion d’aborder ce qui fait que ce pays crève à petit feu, ce qui fait que je n’ai plus envie de voter pour personne, ce qui fait que, pour m’informer, je ne lis plus la presse française, et que je ne puis plus écrire dans un grand journal, alors que les idées que je porte ont fait autrefois le rayonnement de la France.
On cite encore Turgot, Bastiat, Aron ou Revel dans le monde. Ils n’ont pas été remplacés. Ils ne le seront pas. Demandez-vous pourquoi ce pays stérilise les plumes et les esprits…
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