Offre gratuite !
La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici
Notre lettre d'infos

L’affaire de Karachi entre pourriture et machine à perdre


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page


Voter pour cet article
4 VOTES
627 LECTURES

Baudouin Pierre - mercredi 24 novembre 2010


L'‘affaire de Karachi, un temps éclipsée par l’affaire Woerth, vient de faire un retour remarqué au premier plan de l’actualité, suite à la déposition de Michel Mazens, qui avait été, en 1995, chargé de négocier des contrats d’armement avec le Pakistan.
À vrai dire, tout dans cette affaire est confus.

Y a-t-il eu un lien entre l’arrêt du paiement des commissions et l’attentat du 8 mai 2002, au cours duquel onze Français ont trouvé la mort ?
Auparavant, y avait-il eu versement de rétrocommissions pour financer la campagne d’Édouard Balladur ?
Enfin, quelles sont les conséquences de cette affaire sur la vie politique française actuelle ?

Évidemment, sur les deux premières questions, je n’ai aucun élément susceptible d’apporter une réponse définitive et certaine.
Tout ce que je peux dire, c’est que ces accusations me semblent beaucoup moins « abracadabrantesques » qu’on ne le dit à l’UMP.
Depuis des années, je suis convaincu qu’il est impossible de mener une campagne politique nationale sans recourir à des financements illicites. Officiellement, les dépenses de campagne des deux finalistes de 2007 ne pouvaient excéder 18,3 millions d’euros. Mais j’ai quelques difficultés à croire qu’aucun candidat n’ait dépassé cette somme, qui n’est certes pas négligeable, mais qui semble tout de même bien faible.

Pour donner un ordre de grandeur, je rappelle que, toujours officiellement, la campagne d’Obama a coûté 593 millions de dollars. Je veux bien croire que la France soit un pays plus « moral » que les États-Unis, mais la différence est trop énorme pour être crédible.

Bref, l’affaire des rétro-commissions me semble de l’ordre du possible. De même que, dans la hargne anti-balladurienne qui régnait à Paris après la victoire de Chirac, je peux imaginer que l’on ait décidé de fermer les vannes. Y a-t-il un lien de cause à effet avec l’attentat ? Là aussi, c’est possible. Mais, en la matière, comme la plupart des observateurs, j’en suis réduit aux conjectures.

Il est un domaine où nous pouvons quitter les conjectures pour le terrain plus confortable des certitudes, c’est celui de la politique actuelle.
On ne peut pas ne pas remarquer la concomitance entre la constitution d’un gouvernement RPR canal historique et la ré-émergence de l’affaire de Karachi.

Il peut y avoir deux explications à cette concomitance (et les deux ne sont pas nécessairement incompatibles) : 1) Soit l’Élysée, sachant que l’affaire allait revenir, a choisi de « bétonner » le gouvernement pour éviter que les balles ne viennent de l’intérieur même du gouvernement. 2) Soit les personnes marginalisées par le remaniement, qu’il s’agisse des centristes ou de Villepin, lancent leurs premières salves.

À cet égard, il est intéressant d’observer les attaques d’Hervé Morin, ancien ministre de la Défense (et donc bien placé pour connaître les contrats de vente d’armes avec le Pakistan), récemment mis sur la touche par Nicolas Sarkozy, à l’encontre de François Bayrou, naguère soutien important d’Édouard Balladur. Morin pourrait faire ainsi d’une pierre deux coups : Sarkozy, ministre du Budget de Balladur, et Bayrou dont il brigue désormais la place de « rassembleur » du centre… Pour Villepin, l’affaire de Karachi pourrait être la revanche de l’affaire Clearstream.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que les coups partent de la droite et visent la droite. Et ce n’est certainement pas la meilleure méthode pour arriver en bonne posture à l’élection présidentielle de 2012 !

On a déjà observé que l’affaire Woerth n’avait pas été « balancée » par la gauche, mais la frange anti-sarkozyste de l’UMP. Il semble que nous ayons une réédition de ce schéma. Avec une dimension nettement plus grave : il y a eu mort d’hommes, notre prestige national a été atteint, et les montants en jeu ne sont pas vraiment du même ordre.

Et, pendant ce temps, que fait la gauche ? Elle compte les points… et elle espère qu’on ne la sollicite pas trop dans les médias. Car elle a bien compris, désormais (pour elle, au moins, l’affaire Woerth aura servi de leçon), que ce que retenaient les Français, c’était un « Tous pourris » qui ne lui profitait pas vraiment.

Quand la pourriture est aussi nuisible à l’image de la France à l’étranger et à la sécurité des Français, on serait tenté d’utiliser un autre vieux slogan : « Sortez les sortants. » C’est sans doute injuste, mais ils sont trop nombreux à être compromis – par connivence, complaisance, ou négligence – dans les turpitudes de ce régime finissant pour que l’on puisse faire dans le détail !

3 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref



Plan du site