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L'alliance essentielle entre juifs et chrétiens


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Milliere Guy - mercredi 09 juin 2010

israel, christianisme
Menahem Macina, qui fait, depuis des années, un travail absolument remarquable de réinformation du public francophone concernant Israël, le Proche-Orient et l’antisémitisme, a publié récemment un livre qui lui ressemble : foisonnant, dense, rigoureux, exigeant, difficile de prime abord, mais d’une richesse constante.

Le livre s’adresse surtout au public chrétien mais pas seulement ; il concerne le dialogue entre judaïsme et christianisme, et traite, ce faisant, de bien davantage. Il propose une « alliance entre Juifs et Chrétiens », et explique pourquoi le christianisme doit non seulement reconnaître pleinement sa fraternité avec le judaïsme, mais aussi ce qu’est et ce qu’incarne Israël aujourd’hui.

L’Eglise chrétienne, dit Macina, revient de loin : « le monde chrétien n’a longtemps connu l’histoire du peuple juif qu’au travers » d’un enseignement interprétant « l‘écrasement et la dispersion, en 135 de notre ère », comme le châtiment résultat d’un « refus de croire à la messianité et à la divinité du Christ ». Le concile Vatican II en 1962 a été le point de départ d’un « changement drastique » qui a porté des « fruits inespérés », incarnés, entre autres, par Jean Paul II, qui parlera, à plusieurs reprises, des Juifs comme du « peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance jamais révoquée par Dieu ».

Ce changement, s’il a pu permettre un reflux de l’antisémitisme chrétien et des accusations monstrueuses, infondées, et meurtrières parlant de « peuple déicide », n’a, poursuit Macina, pas vraiment fait reculer ce qui s’est substitué à l’antisémitisme en terres chrétiennes : un antisionisme féroce et sournois par lequel nombre d’adeptes du christianisme contribuent à une « critique radicale, arbitraire, voire pathologique » d’Israël.

S’appuyant sur des textes multiples d’auteurs chrétiens, dont un, du père Michel Remaud, qui écrit que « le nouveau Testament nous enseigne que la pérennité d’Israël s’inscrit dans un projet divin », et un autre du cardinal Etchegaray, qui appelle Juifs et Chrétiens à se retrouver dans le mystère du dessein de Dieu comme deux formes de l’unique peuple de Dieu », il propose « un nouveau regard sur le dessein divin », dit que ce nouveau regard est possible et en chemin, et incite les Chrétiens, pour être effectivement fidèles aux principes d’un christianisme relu, revu, et, au fond, plus conforme à ce que fut la parole chrétienne au moment de sa naissance, à transcender non pas simplement un antisémitisme qui n’aurait jamais dû exister au sein du christianisme, mais aussi un antisionisme lui-même fondamentalement contraire à la parole chrétienne.

Il appelle, depuis là, à un « philosémitisme chrétien » indissociable, souligne-t-il, d’un « philosionisme » impliquant de voir, bien au delà de la religion, le peuple juif comme un peuple essentiel pour la parole de Dieu et ayant pleine légitimité à avoir « un avenir sur la terre de ses ancêtres ».
Après un long chapitre, très documenté, fourmillant de références et d’exemples, destiné à montrer comment dans le monde chrétien en général, et en Europe en particulier, a pris place une véritable diabolisation d’Israël où tous les arguments biaisés, tous les mensonges, toutes les falsifications, toutes les occultations des faits se trouvent utilisés, après avoir noté que les méthodes utilisées pour cette diabolisation trouvent leurs racines dans divers dogmes totalitaires et dans des techniques de propagande issues directement du nazisme ou du communisme soviétique, Macina conclut son livre en évoquant son itinéraire personnel, du christianisme vers le « mystère de l’existence juive » et sa « manière singulière d’appréhender le monde et d’être au monde », et en précisant : « ma conviction est que l’hostilité quasi universelle envers Israël est un des signes avant coureurs de la confrontation qu ‘annonce le psaume deux ». « Ma crainte est que le silence des chrétiens… face au torrent de haine et de calomnie qui se déverse sur Israël… ne les amène, après la catastrophe… à confesser, comme le firent tant d’hommes d’Eglise après la shoah, que la chrétienté a failli », et qu’en cela, elle s’est trahie elle-même.

Je ne suis ni juif ni chrétien au sens où je ne suis pas croyant, mais je suis attaché aux racines juives et chrétiennes de la civilisation occidentale, et j’ajouterai, en ces conditions, seulement ceci : c’est la civilisation occidentale elle-même qui risque de faillir. Et de se trahir.


Menahem Macina,
Chrétiens et Juifs depuis Vatican II,
Editions Docteur angélique, 2009,
398p., 23€

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