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L’ambiance est différente aux USA et en France


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Milliere Guy - mercredi 07 mars 2007

etats-unis, economie
Lors de récents séjours aux États-Unis, j’ai constaté une fois encore les différences avec la France. D’abord, les gens autour de moi. Une sensation de dynamisme, d’ouverture, de courtoisie, une absence de nervosité, un respect mutuel : que ce soit à Washington, à Los Angeles ou à Miami, on peut trouver des exceptions à la règle, mais ce sont seulement des exceptions. Pourquoi, à Paris ou à Marseille, les gens, en règle générale, sont-ils différents ? La réponse me semble évidente, et sondages et statistiques l’attestent : la vie est plus dure en France, il y a moins d’espoir et de confiance dans le futur, un déficit de bonheur individuel démultiplié crée une atmosphère différente que le comportement des êtres humains reflète.

Passons ensuite aux dimensions économiques. À Washington, à Los Angeles ou à Miami, il y a des pauvres, mais il y a surtout, de la richesse, des emplois, de l’esprit d’entreprise. À Paris ou à Marseille, il y a davantage de misère visible ici ou là, davantage de chômage, de plus grandes difficultés à entreprendre, les traces omniprésentes de réglementations harcelantes. S’il y avait moins de réglementations en France, moins de harcèlement bureaucratique, davantage de liberté et d’ouverture à la création entrepreneuriale, la misère et le chômage reculeraient, ce qui accroîtrait la quantité diverse de bonheur individuel, mais si je disais cela, j’oublierais une autre dimension. Dans les médias à Washington, Los Angeles ou Miami, je trouve, pour l’essentiel, un discours économique sensé où nul ne propose davantage de réglementations, de bureaucratie, de harcèlement, au contraire. Je trouve un discours où on comprend ce qu’est la création de richesse, on a confiance en l’innovation, on considère comme légitime la liberté d’agir, d’échanger, de parler, de croire en ce qu’on veut, de poursuivre le bonheur à sa manière.

Si j’ouvre les journaux et si j’allume la télévision à Paris ou à Marseille, j’ai les plus grandes difficultés à trouver l’équivalent, même en doses infimes. On pense très largement, en France, chez ceux qui sont autorisés à écrire ou à parler, que le gouvernement peut créer des emplois, que la richesse est une donnée qu’on peut redistribuer, que l’administration protège, qu’un entrepreneur laissé libre se transforme vite en exploiteur, que la mondialisation est dangereuse, que les actions et les paroles doivent être sous surveillance, que le communisme est un idéal noble tandis que nombre de religions sont des « sectes ».

On accepte même très largement en France que des grèves aient lieu pour que des agents de la fonction publique défendent leurs « avantages acquis ». On accepte que de l’argent soit gaspillé pour créer des embouteillages ou pour encombrer les trottoirs de poteaux métalliques et de parpaings de béton. On accepte que des policiers pratiquent une forme de racket envers les automobilistes, ou que des politiciens convaincus de corruption restent en fonction tandis que d’autres promettent n’importe quoi sous le regard docile de commentateurs domestiqués.

Et c’est là le cœur du problème, et la raison pour laquelle, je le pense, les différences ne feront vraisemblablement que se creuser : l’information et la connaissance en France ne circulent pas. Des dogmes stupides et suicidaires parsèment encore largement le paysage mental.

Une résignation, parfois rageuse, règne. L’impasse, en France, est presque totale. Sortir de l’impasse ressemblerait à une gageure impossible. Il faudrait changer le discours politique, économique, juridique, journalistique, redéfinir la liberté, le droit, l’entreprise, le rôle du gouvernement, ré-expliquer le fonctionnement planétaire. Il faudrait reconnaître que le pays a fait totalement fausse route en tous les domaines depuis plusieurs décennies.

Outre que je ne vois guère de responsables prêts à assumer les erreurs du passé et du présent, je doute même que la population française soit prête à un pareil changement quand bien même il serait, pour elle, le seul remède. Je m’attends, donc, quel que soit le vainqueur en mai prochain, à ce que les différences que j‘ai constatées s’accentuent encore dans les années à venir, à ce que la résignation perdure, et à ce que les Français en croyant trouver des solutions s’enfoncent davantage vers le crépuscule. J’espère me tromper, bien sûr…

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