Lance Pierre - mercredi 12 septembre 2007
J’avais fulminé, dans notre N° 584, contre la criminelle négligence avec laquelle on avait, à l’hôpital d’Épinal, soumis des patients cancéreux à des irradiations excessives. On sait aujourd’hui que l’affaire est encore bien plus grave et que les patients surexposés sont beaucoup plus nombreux qu’on l’avait cru (On parle de 700 cas, pour le moment). Autrement dit, je ne fulminais pas assez… Je vais devoir me rattraper, et même étendre ma fulmination à un autre domaine que celui de la radiothérapie.
On se souvient de la cause première de cette mauvaise utilisation d’un appareil extrêmement dangereux : le personnel chargé de la mise en œuvre avait mal compris la notice du logiciel, qui était rédigée en anglais. Il est évident qu’une connaissance même correcte de l’anglais courant est insuffisante pour bien comprendre une notice bourrée de termes techniques et scientifiques.
Je m’étais indigné que les radiothérapeutes (qu’il ne faut pas confondre avec les radiologues, comme me le fit remarquer un lecteur) ne soient pas extrêmement vigilants quant à la précision et l’exactitude des données techniques des instruments dont ils se servent. Or, qui peut croire que ces négligences coupables seraient l’apanage du Centre d’Épinal ? Des incidents du même genre se sont produits à Nancy, Montpellier, Tours, Nice, Toulouse, Amiens, Lyon, Grenoble et à La Pitié-Salpêtrière de Paris. Sans parler de ceux, bien sûr, que l’on n’a pas encore découverts, car les personnels hospitaliers font preuve d’une remarquable discrétion à cet égard. Mme Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé, ayant décidé que les citoyens avaient droit à une complète transparence sur ces erreurs et leurs conséquences, on peut s’attendre à ce que le scandale prenne de l’ampleur.
Mais un autre point très important doit être abordé. Dans mon précédent article, je m’étais également indigné qu’une entreprise anglo-saxonne se permette de ne pas faire traduire avec le plus grand soin dans la langue du pays récepteur les notices d’appareils qui sont en fait de redoutables armes nucléaires. Cette désinvolture, en l’occurrence criminelle, est totalement inadmissible et aucun pays ne devrait accepter, lorsqu’il importe des machines de n’importe quelle technique, des notices qui ne soient pas rédigées avec soin dans la langue du pays importateur. Le mondialisme est en marche, c’est un fait. Le statut de l’anglais en tant que langue planétaire des échanges économiques est incontournable et il est inutile de le contester.
En revanche, et précisément parce que ces faits écrasants exigent des garde-fous et des contrepoids, il est indispensable que chaque nation conserve sur son territoire une intransigeance linguistique sans faille. Or, nous assistons à un phénomène aberrant : certaines entreprises étrangères installées en France imposent l’anglais à leurs salariés en communication interne. C’est une véritable colonisation linguistique qu’il faut combattre bec et ongles.
Comme l’a rappelé à maintes reprises le député UMP Jacques Myard, grand défenseur de la langue française, la loi Toubon du 4 août 1994, qui précise l’utilisation du français dans la vie publique, doit être appliquée sans faiblesse.
Il faut à ce sujet saluer l’action de M. Jean-Loup Cuisiniez, syndicaliste CFTC et porte-parole du Collectif : « Pour le droit de travailler en français en France », qui s’est efforcé d’alerter les chefs d’entreprise lors de l’Université d’été du MEDEF en affirmant : « Nous assistons à l’effacement du français en France », où des travailleurs sont parfois confrontés à des instructions en anglais qu’ils ne maîtrisent pas, ce qui entraîne « souffrance, acculturation et problèmes de sécurité ».
Il a en outre mis en garde contre la ratification du protocole de Londres par lequel les États signataires renoncent aux exigences de traduction des brevets dans leur langue nationale, et qui a été approuvé par le gouvernement le 24 août. Or, renoncer à la traduction des brevets, c’est admettre que les documents non traduits soient opposables en justice. Et ceci est inacceptable juridiquement pour une raison simple : la langue est la base même du droit. Aucun texte ne peut engager une personne qui ne maîtrise pas la langue dans laquelle il est écrit. Il ne faut pas que le protocole de Londres soit ratifié par la France !
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