Dumait Alain - samedi 27 décembre 2003
L’année 2003 toute entière aura été marquée par le problème de l’implantation massive de l’Islam en France.
Le 20 décembre 2002, sous la pression efficace du ministre d’Intérieur Nicolas Sarkozy, les divers courants de l’Islam de France se mettaient d’accord pour former le Conseil français du culte musulman, à la suite de nombreuses années de vaines tentatives dans le même sens. Quatre mois plus tard, après conciliabules et élections au niveau de 25 circonscriptions, un « Parlement » du CFCM, comptant quelque 206 membres et représentant environ 1 500 mosquées, était mis en place, dont il apparaissait immédiatement qu’il serait largement dominé par les islamistes radicaux regroupés au sein de l’Union des organisations islamiques de France UOIF…
Le 21 décembre 2003, encadrées par de solides barbus, plusieurs milliers de femmes, la plupart voilées, manifestaient dans les rues de Paris, revendiquant le droit au port du voile, au nom de la liberté d’expression et de la tolérance religieuse…
Entre temps, le mercredi 17 décembre 2003, dans les salons du Palais de l’Élysée, le Président Jacques Chirac - devant un parterre d’invités triés sur le volet, représentatif à la fois des religions reconnues par l’État, y compris l’islam, mais aussi de l’intelligentsia républicaine, réputée laïque et souvent franc-maçonne - dans la foulée du rapport qui lui avait été remis la semaine précédente par la Commission Stasi (notre chronique de la semaine dernière « Un rapport scandaleux »), annonçait, comme on s’y attendait, l’examen prochain d’une loi proscrivant dans les écoles le port de tenues ou de signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse.
Les propos présidentiels, à peu près en ligne avec le rapport de la Commission Stasi, marquent néanmoins un infléchissement, dans le sens d’une laïcité plus stricte, encadrant plus rigoureusement les différentes religions. C’est dans cette logique qu’il refuse de suivre les experts qui lui proposaient de faire des fêtes juive et musulmane du Kippour et de l’Aïd-el-Kébir, de nouveaux jours fériés.
Mais l’hypocrisie sur laquelle reposait le rapport Stasi est entièrement reprise par le Président de la République, à savoir : le port du voile islamique est assimilé à un signe religieux ostentatoire et, pour ne pas s’attaquer directement à l’islam, que l’on cajole depuis plusieurs dizaines d’années, aussi bien à l’intérieur de nos frontières qu’à l’extérieur, on élargit la question et on la noie dans une interdiction de tous signes religieux distinctifs, y compris la kippa ou la croix, dont le port, même ostensible, n’a jamais posé aucun problème en tout cas depuis plusieurs dizaines d’années.
3 000 ans de misogynie !
Cette hypocrisie a été évidemment immédiatement et cruellement ressentie par les représentants des religions chrétiennes et juive qui se voient ainsi ostracisées pour la seule raison que les pouvoirs publics avaient besoin d’un contre-poids pour prendre des mesures visant à cantonner l’expression du radicalisme islamiste.
Mais cela a également été compris par les représentants officiels de l’islam de France, en particulier par les membres éminents du CFCM, y compris le recteur de la grande mosquée de Paris, le modéré Dalil Boubakeur. Puisque le Chef de l’État n’osait pas dénoncer frontalement le voile islamique, il était donc possible de le défendre et d’acquérir ainsi, à bon compte, un regain de popularité dans les cités de banlieue tentées par l’irrédentisme…
Le PS approuve Chirac
Pourtant, avec le voile, les plus sourcilleux représentants de la secte laïque française avaient matière à se scandaliser, sans pour autant verser dans l’islamophobie. Car le port du voile et sa symbolique misogyne ne remontent pas aux enseignements du prophète Mahomet mais bien au-delà, puisqu’on le retrouve dès le XIIe avant Jésus-Christ, quand un roi d’Assyrie, déjà, édictait que seules les femmes prostituées ne seraient pas voilées. Et Saint Paul (qui n’était sans doute pas juif) ne fit pas mieux, dans son épître aux Corinthiens quand il disait « si une femme ne porte pas le voile, qu’elle se tonde ! ». Derrière le voile, il y a non pas douze siècles mais trois mille ans de haine envers la femme.
Le 17 décembre, Jacques Chirac a consacré plus de vingt minutes à un discours sur la laïcité, que n’aurait pas renié son grand-père instituteur, mais n’a consacré que deux paragraphes à l’égalité des sexes et l’égalité des femmes telle qu’elle doit se concevoir aujourd’hui dans un pays comme le nôtre. Pourtant, ces deux paragraphes-là auraient suffi à condamner le voile qui est à la femme musulmane ce que l’étoile jaune était aux juifs, c'est-à-dire une infamie.
À noter : une fois de plus, les propos présidentiels ont été approuvés sans restriction par le PS, avec une certaine gêne à l’UMP…
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