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L’appeau sécuritaire de Nicolas Sarkozy


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Menou Pierre - dimanche 11 avril 2010

violences, sarkozy
Chasse aux électeurs

Comment récupérer l’électorat de droite parti à la pêche aux dernières régionales ? Pour Nicolas Sarkozy, c’est simple : il suffit de renouer avec le discours sécuritaire qu’il avait fait sien lors de sa campagne présidentielle. L’électeur droitard, cet imbécile incapable de voir plus loin que sa sécurité, donnera immanquablement dans le panneau. En somme, il suffit de faire « pin-pon » pour attirer son vote, aussi sûrement que l’appeau du chasseur attire le canard.

« Nicolas Sarkozy, qui était au zénith de sa popularité lors de ses deux passages au ministère de l’Intérieur (2002-2004 puis 2005-2007), ressent le besoin de se recentrer sur ce qu’il connaît bien, des fondamentaux qui sont de nature à rassurer sa majorité », analysent dans Le Monde Yves Bordenave et Franck Jehannès.

Dès le 24 mars, au lendemain de la débâcle électorale de sa majorité, le président de la République a donc solennellement annoncé qu’il allait entendait faire de la sécurité « une priorité », sur laquelle « aucune concession » ne serait faite.

Evoquant « la montée de la violence dans les stades, dans les transports, dans les établissements scolaires », il ajoutait : « Cette situation ne peut plus durer, je suis décidé à m’engager personnellement dans la lutte contre cette violence, la plus brutale, qui est devenue intolérable pour chacun de vous. Ceux qui attendent ou qui espèrent une réaction ferme de ma part ne seront pas déçus. »

A cette affirmation au kärscher a fait écho celle de Brice Hortefeux, qui déclarait le 1er avril, jour du poisson, que « ces voyous n’ont pas de territoires à eux, et ne doivent pas avoir de territoires à eux. Et ce ne sont pas les petites crapules qui vont faire la loi dans les quartiers ! »

Les crapules d’Hortefeux sont probablement les petits frères des « sauvageons » dont parlait déjà Jean-Pierre Chevènement en 1998, et de la « bande de racailles » (sic) dont Sarkozy lui-même avait promis aux habitants d’Argenteuil de les débarrasser en 2005. Les racailles, en huit ans, sont donc devenues des crapules. Heureusement, le riche vocabulaire que la langue française met à leur disposition – canailles, fripouilles, bandits, chenapans, apaches, vauriens… – devrait permettre à nos politiciens de kärschériser leurs discours pendant quelques temps encore. Sans doute faudra-t-il ensuite prévoir d’enrichir le lexique.

Faut-il kärscheriser les gendarmes

Car n’en déplaise à Brice Hortefeux, voilà quelque temps déjà que les voyous font bel et bien la loi dans les banlieues, où ils se sont créés des territoires que les policiers eux-mêmes qualifient de zones de non-droit. En cas de condamnation, l’abolition de la prétendue « double peine » par Nicolas Sarkozy permet même aux voyous étrangers de continuer à faire leur loi en France sans avoir à craindre une expulsion.

Comment le président de la République compte-t-il réagir ? Son « geste politique le plus fort », écrivent les journalistes du Monde, consiste à nommer Christian Lambert, un « homme à poigne », ancien directeur de cabinet du préfet de police, préfet de Seine-Saint-Denis en remplacement de Nacer Meddah, préfet « issu de la diversité » qui devient préfet de région, une promotion qui récompense sans doute son incapacité à ramener l’ordre dans ce département – mais cela est-il encore possible ?

« L’autre nomination en conseil des ministres sonne comme une disgrâce, remarquent encore Yves Bordenave et Franck Jehannès : le directeur général de la gendarmerie, le général Roland Gilles, faute d’avoir pu réduire le malaise de la gendarmerie devenu un peu visible ces derniers mois, devrait se voir proposer une ambassade. Il est remplacé par son numéro deux, le major général Jacques Mignaux. »

Le général Gilles, rappellent les journalistes du Monde, « avait eu la tâche ingrate d’inscrire dans les faits le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur, entré en vigueur en 2009 », mais n’était pas parvenu à calmer la grogne des gendarmes. « Le chef de l’Etat entend que la gendarmerie entre dans le rang », comme l’a montré, le 25 mars, la radiation des cadres, sur intervention de l’Elysée, du chef de bataillon Jean-Hugues Matelly, coupable d’avoir « grogné » un peu trop fort.

A défaut des voyous (et autres sauvageons, crapules, canailles, racaille, flibustiers, etc), le chef de l’Etat montre qu’il sait au moins kärshériser les gendarmes.

Pin-pon, pin-pon ? L’appeau risque de ne pas suffire. Faut pas prendre les électeurs de droite pour des canards sauvages.


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