Barrucand Pierre - mercredi 19 avril 2006
La mort de Milosevic a entraîné une crise au sein du tribunal international (TPIY). Depuis des siècles, les Balkans étaient plongés dans des troubles graves entraînant vendettas, brigandages, massacres et haines recuites ! Qu’on se souvienne des comitadjis et de leurs attentats…
En créant, en 1919, un État totalement artificiel, la Yougoslavie, les Alliés avaient aggravé la situation : rappelons-nous les massacres commis par les oustachis, moins par amour de l’Allemagne nazie que par haine des Serbes, et aussi, plus tard, des génocides, comme celui des Italiens d’Istrie.
Slovénie et Croatie étant devenues indépendantes, même dans les frontières contestables, dessinées par Tito — après des guerres civiles qui furent, malgré quelques horreurs, moins cruelles que la guerre de sécession ou les « guerres indiennes » aux USA — on pouvait espérer une lente réconciliation.
Du moins s’il n’y avait pas eu le problème d’un autre État, totalement artificiel et arriéré ; la Bosnie-Herzégovine. Quand éclatèrent de très graves troubles dans ce pays, l’Union Européenne, ou l’OTAN, ou l’ONU (il est difficile de distinguer le rôle de chacun) envoyèrent des troupes qui, faute d’instructions ou de volonté de savoir ce que voulaient les initiateurs, ne contribuèrent en rien à empêcher massacres et tueries, en particulier a Srebrenica (pourtant sauvée une première fois par les initiatives du courageux général Morillon). Ce faisant, les responsables se rendaient coupables de non-assistance à personnes en danger !
Il eut mieux valu placer ce pays sous mandat (on l’a fait au Kosovo) et permettre aux peuples composant cet État composite de disposer librement d’eux-mêmes. La quasi-certaine partition qui s’en serait suivie aurait alors permis à Serbes et Croates de rejoindre leur pays et à la minorité Musulmane de constituer un pays homogène pas plus petit que le Luxembourg ou… la Palestine ! Mais « on » voulait, contre tout bon sens, maintenir l’unité de la Bosnie-Herzégovine. Pourquoi ? Plus tard, des troubles enflammèrent le Kosovo, (qui n’était pas un État fédéré), où la haine entre Serbes et Albanophones était permanente et où des violences réciproques, dues surtout à des « partisans » albanais rebelles, sévissaient. Dans ce contexte international, François Mitterrand avait, en souvenir d’une très ancienne amitié entre nations, toujours voulu protéger la Serbie. Son successeur s’en soucia peu.
À la suite des troubles du Kosovo, l’OTAN, avec le plein accord de l’Union Européenne, déclencha la guerre contre Milosevic, pendant laquelle il y eut des bombardements de populations civiles, notamment à Belgrade. Et après, le Kosovo fut placé sous un contrôle international qui ne put empêcher des pogroms anti-serbes et anti-tziganes. Fallait-il à la suite instituer le T.P.I.Y. ? (qui poursuivit surtout des Serbes, un peu moins de Croates et peu de Bosniaques ou Albanophones). Certes, ce tribunal fut présenté, non sans raison, comme entouré des meilleures garanties d’impartialité et d’indépendance, mais son principe était contestable.
Dans cette histoire tragique et complexe, l’Union Européenne se montra partiale, et surtout d’une arrogance incroyable, humiliant la Croatie désireuse d’y entrer, et la Serbie, en lui lançant un véritable ultimatum, qui l’incita à se rapprocher d’une Russie désireuse de retrouver sa place dans le monde ! Même superbe, en ignorant les “non” Français et Néerlandais lors de référendum, et en poursuivant, malgré la volonté générale des peuples, les pourparlers avec la Turquie. Apparemment, l’Union européenne se considère comme source de tout bien et de tout droit !
Certes, la politique européenne a pu dans le passé jouer un rôle utile, mais, à partir du moment où elle veut limiter les droits des nations sur leur fiscalité intérieure (TVA sur la restauration !...), imposer des conditions inacceptables à certains, mépriser et dénigrer toute contradiction aussitôt dite « populiste », elle provoque, malgré les propagandes contraires, un mécontentement, qui ne fait que croître, et risque d’entraîner un rejet global destructeur. D’autant plus, qu’à tort ou à raison, l’Europe est perçue, avec l’euro, par d’aucuns comme une source de chômage ! Dans ce contexte, l’affaire du Tribunal pénal international en Yougoslavie, où se mêlent respect apparent de procédure et de droits, et partialité fondamentale, ne peut que participer à cette évolution.
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