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L’art comptant-pour-rien |
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Lance Pierre - mercredi 06 juin 2007
J’emprunte le titre de cet article à notre lecteur Alain Cadiou, qui emploie depuis des années cette heureuse formule. Certes, depuis que le prince des ténèbres Pablo Pique-à-sots a répandu sur le monde les infects barbouillis de son impuissance artistique, bientôt suivi par tous les cafouilleux de la cour des miracles où les muses se prostituent, on a vu défiler dans tous les musées du monde l’invraisemblable capharnaüm produit par les ratés, déjantés et allumés de toute espèce portés aux nues par les snobs.
On croyait avoir tout vu et tout vomi. Erreur ! Sans cesse repoussant les limites de l’aberration, les stars miteuses de la déglingue se torturent les méninges pour accoucher du toujours plus laid, toujours plus inintelligible, toujours plus effarant ! Et le record absolu du non-sens monumental vient d’être battu derechef, dans la nef du Grand Palais, par un énergumène dont je ne prononcerai le nom à aucun prix.
Bien sûr, on pourrait se contenter de hausser les épaules en disant : « Laissons les aveugles conduire des aveugles ; ils tomberont tous dans une fosse. » Eh bien non ! Car ces eunuques de l’art prospèrent et prolifèrent, et c’est la civilisation elle-même qui va s’effondrer dans une fosse si nous n’avons pas le courage de mettre un terme à la plus gigantesque escroquerie intellectuelle de tous les temps. Nous avions pourtant été prévenus de ce genre de forfait par le grand fabuliste danois Hans Christian Andersen (1805-1875) qui, dans le conte intitulé « Les habits neufs de l’empereur », publié en 1835, met en scène deux escrocs qui réussissent à persuader le souverain qu’ils savent tisser une étoffe extraordinaire ayant la particularité de n’être visible que des personnes intelligentes.
Les deux charlatans font mine de déployer devant le roi des métrages d’un tissu purement imaginaire. Le roi ne voit rien mais ne dit mot, de crainte de passer pour un sot, et s’extasie devant le prodige. Puis il envoie ses ministres contempler le tissu. Tous, bien entendu, le jugent splendide. Enfin, on habille le roi du costume prétendument taillé dans l’étoffe inexistante et Sa Majesté, accompagnée de ses ministres, défile devant le peuple. Le bruit s’étant répandu que le tissu était invisible aux idiots, tous les badauds poussent des cris admiratifs. Seul un petit garçon s’exclame candidement « Mais le roi est nu ! », expression devenue proverbiale pour désigner toute valeur factice, et qui convient si parfaitement aux histrions de l’art-comptant-pour-rien.
Hélas, il n’existe plus aujourd’hui d’enfant assez candide pour révéler la supercherie, car on les traîne au musée dès l’école maternelle pour infecter leur esprit avec les horreurs du jour, commentées par des guides extatiques eux-mêmes hypnotisés.
Je reviens donc au Grand Palais, dont l’admirable travail de réfection commencé en 2001 vient de se terminer et a coûté aux contribuables plus de 101 millions d’euros. Je pense aux architectes, ingénieurs, artisans, ouvriers, véritables artistes d’immense talent qui ont investi toute leur conscience professionnelle afin de remettre en honneur la nef, ce gigantesque écrin de 13,500 m2 de surface au sol.
Or, ils le voient envahi par d’énormes et informes étrons de fer et de béton jaillis tout armés d’un cerveau décrépit qui exploite cyniquement la veulerie institutionnalisée des esprits décadents. On nous montre un chantier de démolition, et on ose appeler cela une œuvre d’art.
J’enrage !
D’autant plus que cet édifice a été construit à l’origine au profit des sociétés d’artistes français qui bénéficiaient d’une concession gratuite de presque trois mois chaque année. Ils n’ont plus droit maintenant qu’à une quinzaine de jours chèrement payée. Sur le fronton du Palais de la Découverte sont encore gravés ces mots : « Ce monument a été consacré par la République à la gloire de l’Art Français. »
Pourtant, on le voit aujourd’hui destiné à recevoir les immondices apatrides des escrocs de l’art bidon. Le Président Sarkozy et la nouvelle ministre de la Culture Christine Albanel doivent faire cesser ce scandale ! Depuis 1988, le Comité de Défense des Artistes du Grand-Palais bataille pour que l’État omnipotent cesse de les étouffer. Amis lecteurs, soutenez leur combat !
(CDAGP, 27 rue de Fleurus, 75006 Paris - <cdagpfr@aol.com>).
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