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L’assassinat de Terri Schiavo


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Milliere Guy - dimanche 10 avril 2005


Les États-Unis ont connu, ces derniers jours, l’épilogue d’une longue bataille juridique. Deux Amériques se sont affrontées, l’Amérique conservatrice d’un côté, l’Amérique de gauche de l’autre. L’Amérique de gauche a gagné, et cela devrait résonner comme un signal d’alarme pour les tenants du conservatisme partout sur la planète.
La bataille en question a fait l’objet de caricatures dans la presse européenne, bien sûr. Et celle-ci a montré que s’il existe deux Amériques, il n’existe désormais plus qu’une seule façon de penser, hégémoniquement dominante en Europe. La bataille dont je parle est celle concernant le sort de Terri Schiavo. Pour ceux qui ne suivent pas l’actualité, je dirai qu’il s’agissait d’une jeune femme qui, à la suite d’un arrêt cardiaque voici quinze ans, avait subi des dommages cérébraux graves et sans doute irréversibles. Cette jeune femme avait, depuis, séjourné à l’hôpital où elle n’avait pu survivre qu’alimentée par une sonde. Après avoir déclaré tout faire pour préserver la vie de son épouse, le mari de Terri a décidé, voici sept ans, d’obtenir la mort de celle-ci. Son acharnement a porté ses fruits. Mais les décisions ultimes de la justice américaine ont créé un précédent grave.
On a dit que Terri était cérébralement morte avant sa mise à mort physique ; la majorité des experts qui se sont prononcés sur son état ont dit le contraire. On a évoqué son impossibilité de communiquer avec le monde extérieur ; divers témoignages ont remis en cause cette impossibilité de communiquer.
D’autres personnes aux Etats-Unis se sont trouvées dans des états, plus graves, de coma profond et en sont sorties plus tard. La justice américaine doit, selon les textes, rendre ses décisions « au-delà de tout doute raisonnable » : la décision prise ne l’a, en ce cas, pas été « au-delà de tout doute raisonnable ».
Formellement, la Cour Suprême ne pouvait se saisir du dossier dès lors que la loi américaine donne prééminence à la parole du mari et non à celle du père et de la mère, mais dans les faits, les parents de Terri voulaient que celle-ci survive. La loi devrait être revue d’urgence. Comme l’ont noté nombre d’éditorialistes, le regard d’un mari sur une femme ou celui de ses parents n’est pas le même. Surtout, le Droit américain interdit tout châtiment « cruel et inhabituel », et on s’est trouvé là non pas, comme on l’a dit, dans une situation d’euthanasie, mais dans une situation de mise à mort, d’assassinat, de non-assistance légalisée à personne en danger. Terri Schiavo pouvait avaler, déglutir. Elle ne pouvait pas se procurer activement de quoi boire et manger. Elle s’est trouvée placée en situation de mourir de faim et de soif. Lentement. Un condamné à mort exécuté bénéficie d’un traitement plus humain.
George Bush, Président des Etats-Unis, Jeb Bush, son frère, gouverneur de l’État de Floride, où Terri était hospitalisée ont fait ce qu’ils ont pu pour la sauver, mais la séparation des pouvoirs étant ce qu’elle est aux Etats-Unis, ont fini par devoir céder devant les juges.
Des changements profonds vont s’enclencher aux États-Unis pour que ce genre de cas ne se reproduise plus, et l’assassinat de Terri Schiavo aura, en cela, servi à quelque chose. Le caractère sacré de la vie humaine s’est retrouvé au centre des débats américains, et il y restera. La gauche américaine a révélé ses positions. Connaissant les États-Unis, je ne doute pas que ces positions seront vaincues. En Europe, c’est autre chose : d’ores et déjà, des personnes dans des situations semblables sont mises à mort sans que personne ne s’en émeuve. Une préférence pour la mort se dessine de plus en plus nettement. Plus rien n’est sacré et n’a vraiment d’importance, sinon la jouissance de l’instant. Parlez simplement de respect de la vie ou d’âme humaine, et on vous regardera comme un imbécile.
Au moment de l’assassinat de Terri Schiavo, et dans un contexte où la volonté de la sauver manifestée par ses parents et des millions d’Américains était tournée en ridicule par la presse européenne, le pape agonisait, et son avancée vers la mort a été vécue comme un spectacle ou un suspense audiovisuel. La mort est cela en Europe désormais : un spectacle, un suspense. Peut-être une délivrance. Dois-je dire que je vois dans ce rapport européen à la mort l’une des raisons pour lesquelles les civilisations européennes sont en train de mourir ?


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Sic

BOKELSTEIN «Le non au référendum est un bon placement, dont les citoyens touchent rapidement les dividendes, comme en témoigne la remise à plat de la directive Bolkestein dès les premiers sondages favorables au non!»
Jean-Luc Mélenchon,
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PRIVILÈGE «En 1968, quelque chose s’est cassé. Auparavant, quand on était comme moi fils d’ouvrier et qu’on accédait aux études supérieures, on ne considérait pas ça comme un dû, mais comme un privilège.»
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SONDAGES «Je suis un athée des sondages, ou en tout cas un agnostique.»
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