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L’avenir de la France : Venise ou l’Argentine


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Milliere Guy - mercredi 21 mars 2007

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Je n’irai pas jusqu’à dire que le débat qui précède l’élection présidentielle en France est pitoyable, mais il m’arrive souvent de le penser. L’extrême-gauche émiettée n’en finit pas de ressasser les slogans simplistes qui sont les siens depuis des décennies. L’extrême-droite, tout en restant à un niveau élevé, s’essouffle, peine à renouveler ses thèmes, et reste ancrée dans un mélange de protectionnisme et de nationalisme.

Le parti socialiste, lui, semble ne pas avoir quitté le dix-neuvième siècle et parle encore de partage du travail, de justice sociale, de redistribution, sans que personne en son sein ne semble s’aviser qu’ailleurs en Europe et dans le monde développé, la gauche a compris que Marx est mort.

Nicolas Sarkozy a dû, pour ne pas trop inquiéter, passer de la rupture à la « rupture tranquille » et ne se dit libéral (il est le seul) que pour aussitôt tempérer son « libéralisme » d’une dose massive de dirigisme, d’étatisme, et de références qui fleurent bon le Front Populaire.

Profitant de la peur qu’inspire Sarkozy à tous ceux qui craignent de perdre leurs avantages acquis et, symétriquement, de la bêtise médiocre et parfois méchante de Ségolène Royal, François Bayrou tente, avec quelque succès, de s’affirmer comme celui qui viendra refonder la politique française en lui administrant une injection d’immobilisme. François Mitterrand s’est fait réélire en 1988 en parlant de France unie, et si le slogan n’avait déjà servi, il conviendrait à merveille au Béarnais qui a, c’est vrai, de nombreux avantages : la volonté d’incarner un consensus mou, le parfum du terroir en un temps où la paysannerie disparaît, l’élocution lente qui endort un peu. Jacques Chirac quitte la scène et chacun ou presque s’accorde à dire que son bilan est médiocre et vide.

J’ai déjà critiqué sévèrement ce qui a ressemblé à de la corruption, ce qui a fait de lui l’accompagnateur de toutes les scléroses de la société française, le continuateur nuisible de la politique arabe et anti-américaine héritée du gaullisme, le partisan de l’apaisement vis-à-vis de tant de dictatures. Chirac a manqué de nombreuses occasions de faire rentrer la France dans la modernité planétaire.

Il m’arrive aujourd’hui de lui trouver des circonstances atténuantes : Chirac a accompagné le déclin français, il en a été l’incarnation. Entraînée vers le déclin, la population française voulait qu’on lui épargne les mouvements brusques et, dans l’ensemble, Chirac les lui a épargnés.

La France me semble prise dans des engrenages enclenchés depuis longtemps, voire depuis très longtemps. Briser ces engrenages eut été très difficile. La France, comme les pays latins, s’accommode du comportement financièrement trouble de ses hommes politiques.

Comme les pays latins encore, elle accepte certaines formes d’autoritarisme. C’est un pays où, malgré des exceptions telles que Turgot ou Bastiat, la réflexion économique reste marquée de nets vestiges du colbertisme. C’est un pays dont les dirigeants répètent depuis des générations qu’il a une dimension particulière. C’est un pays où dire qu’on appartient à la civilisation occidentale ne fait pas sens, où le rapport aux contrées anglo-américaines reste marqué par l’outrecuidance de celui qui est certain de disposer d’une supériorité en termes d’intelligence.

La population française va vieillir, le niveau de vie va stagner doucement. Aucune réforme d’importance ne se fera. Une frange de pauvres gagnera du terrain, c’est déjà le cas. L’islam gagnera du terrain lui aussi. Le chef de l’État, quel qu’il soit, tentera, au mieux, d’éviter « le pire », c’est-à-dire de nouvelles émeutes ou la guerre civile. Le déclin se poursuivra dans une Europe elle-même au crépuscule. Les médias expliqueront que c’est pire ailleurs sur la planète, que la pénurie se profile, que des précautions s’imposent.

On pratiquera une pensée unique et, tout en parlant de liberté de parole, on empêchera de parler ou on poussera vers l’exil ceux qui pourraient perturber le grand sommeil conformiste. C’est ce qu’on fait déjà. Me parlant du futur de la France, mon ami Charles Gave me disait voici peu que ce sera Venise ou l’Argentine, un pays musée qui s’affaisse, ou la faillite et la décrépitude. À Venise ou en Argentine, il y a de beaux appartements, des traces d’un passé. Il y a aussi des lézardes diverses qui ressemblent à la mort.

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En bref
Identité
«J’ai prononcé un gros mot : il y a une identité de la nation.»
Nicolas Sarkozy

SIC
Immigration «Nicolas Sarkozy est le ministre de l’immigration incontrôlée et de l’identité nationale dégradée.»
Philippe de Villiers (MPF)

Ego «Le programme politique de François Bayrou, c’est moi, moi et moi.»
François Fillon (UMP)

Connivence «Si Bayrou va jusqu’au bout de sa logique – et je l’y encourage ! – il se prononcera contre l’alliance avec Nicolas Sarkozy. Cela fera une belle majorité pour battre Sarkozy.»
Dominique Strauss-Kahn

Tractor-society «Moi et mes amis, on n’est pas la jet-society, on est la tractor-society.»
François Bayrou

Fuite «Les enseignants nous échappent. Cet électorat qui nous était acquis fuit chez Bayrou.»
Pierre Mauroy

Racailles «Bayrou a la côte chez les racailles.»
Yassine Belatar, radio Générations

Fiscalité «Si je veux prêter 500 000 euros à un neveu pour qu’il crée son entreprise, je vais payer l’ISF. Si, avec la même somme, j’achète un tableau, je suis exonéré. C’est ça, la France.»
Jérôme Seydoux, patron de Pathé

Clandestins «L’immigration illégale vole l’argent des contribuables. L’accès aux avantages doit être supprimé aux clandestins.»
John Reid, ministre britannique
de l’Intérieur

Outrage «Madame la juge, je me permets de vous écrire pour vous dire que je vous emmerde.»
Youssouf Fofana,




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