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L’économie américaine ne s’effondre pas


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Milliere Guy - mercredi 02 avril 2008

economie
L’économie américaine n’est plus ce qu’elle était, dit-on ici ou là. Et le spectre d’une crise économique mondiale s’étend. Le prix du pétrole est à des niveaux élevés, celui de l’or, valeur refuge par excellence, bat des records, celui des matières premières agricoles explose. Les prix de l’immobilier aux États-Unis continuent à baisser.

Les effets découlant de la titrisation des prêts subprime disséminent la défiance. Des banques affichent des pertes immenses. La Bear Stearns a frôlé la faillite avant que d’être rachetée in extremis pour une fraction de sa valeur. La valeur du dollar ne cesse de décliner. Des créditeurs étrangers détiennent des milliards de dollars de bons du trésor américains.

L’opinion publique américaine reste en position de défiance par rapport à l’administration Bush, fruit amer d’une réaction tardive à l’échec de la stratégie Rumsfeld de rétablissement de la sécurité en Irak, et la défiance de cette même opinion publique par rapport au Congrès que dirigent les démocrates est (aspect dont on parle peu en France) est bien plus importante encore.

Que faut-il penser ? Que nous allons entrer dans une phase de dépression économique rappelant 1929 ? En toute logique, non. Les paramètres et composants de ce qui se passe aujourd’hui sont différents. Certes, l’administration Hoover en 1929-1930 a, d’abord, injecté des liquidités dans l’économie, et l’administration Bush a fait la même chose. Mais la comparaison s’arrête là. L’administration Hoover a réagi en mettant en place des restrictions aux transactions financières et boursières, ce qui a accru l’incertitude, l’administration Bush n’est pas allée en ce sens. L’administration Hoover a cédé aux tentations protectionnistes en acceptant que soit promulgué le Smoot-Hawley Act, et elle a augmenté impôts et taxes de manière catastrophique : l’administration Bush se refuse au protectionnisme et à toute hausse d’impôts et taxes.

Le Federal Reserve au temps de Hoover a créé, assez vite, une contraction monétaire : le Fed aujourd’hui ne va pas du tout dans ce sens. Le spectre qui a pesé sur la conjoncture ces derniers mois, et qui n’a pas du tout arrangé la situation, a été l’hypothèse d’une victoire démocrate (Obama ou Clinton) aux élections de novembre, et ce sont précisément les démocrates qui envisageraient de faire tout ce que Bush s’est refusé à faire : restrictions sur les transactions, velléités protectionnistes, augmentation des impôts. Le spectre s’éloigne et la confiance pourrait revenir plus vite qu’on ne pense. En ce cas, il se sera produit une correction comme il s’en est déjà produit….

Cela ne signifie pas que des pertes immenses n’auront pas eu lieu ou que des dysfonctionnements ne se seront pas révélés qui devaient finir par apparaître : corrections et fluctuations surviennent lorsqu’il y a des dysfonctionnements et entraînent des pertes.
Il n’empêche : l’économie américaine ne s’effondre pas. Dans la plupart des secteurs, la croissance se poursuit, à un rythme plus faible, c’est tout. Le chômage ne monte pas. Le secteur immobilier lui-même est loin d’être en chute libre : environ 2 % seulement des emprunteurs ne peuvent pas faire face à leurs échéances. Les prêts aux entreprises ne se sont pas raréfiés : ils ont crû en 2007. La baisse du dollar n’a pas de conséquences majeures sur la consommation américaine. Les fondamentaux restent sains. L’inflation monte un peu et pourrait impliquer une action.

Steve Forbes suggérait récemment que le Département du Trésor achète des dollars sur le marché des changes, en coordination avec les partenaires économiques des États-Unis, que le Fed retire des liquidités du marché tout en accordant des prêts supplémentaires aux banques et institutions financières touchées. Il suggérait aussi que le Département du Trésor et le Fed stipulent que, désormais, les banques ne reconnaissent des pertes qu’en cas de défaut de paiement dûment constaté.

L’économie américaine ne s’effondre pas, non. Les entreprises américaines, dans l’ensemble, se portent bien et disposent de fonds propres. Les dépenses gouvernementales ont été excessives ces dernières années : McCain entend être plus rigoureux sur ce plan, tout en restant adepte des baisses d’impôts. La puissance de l’économie américaine lui permettra de surmonter l’obstacle.

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