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L’élection la plus importante depuis longtemps


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Milliere Guy - dimanche 31 octobre 2004


Quand cet article paraîtra, nous serons à quelques jours à peine du jour où les dés seront jetés. Le 2 novembre, les États-Unis éliront leur Président pour les quatre années à venir. Cette élection nous concerne tous. Le Président de la première puissance économique, militaire et politique du monde est un homme qui a des responsabilités immenses, presque écrasantes. C’est quasiment le Président du monde libre, que cela nous plaise ou non. Et rarement autant qu’aujourd’hui, la position de Président du monde libre aura été aussi cruciale.
Le prochain Président devra stabiliser l’Irak, recomposer le Proche-Orient, mettre fin à la guerre arabe contre Israël, tout faire pour que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire, régler la question délicate que pose le régime nord-coréen, continuer à se battre sans répit contre le terrorisme islamique et en même temps assurer la sécurité, la prospérité et la croissance des États-Unis, car de la sécurité, de la prospérité et de la croissance des États-Unis dépend le sort du reste du monde. Il s’agit d’une tâche qui demandera du caractère, de l’opiniâtreté, de la résolution. Le caractère, l’opiniâtreté, la détermination sont du côté de George Bush, et je ne doute pas qu’une majorité d’Américains le discernera. Kerry me paraît plus que jamais inapte à commander, voire dangereux. Comme me le disait un journaliste avec lequel je participais à un débat récemment, il a autant d’ambition que de cynisme et d’absence de scrupules : si l’ambition me semble une qualité, le cynisme et l’absence de scrupules me semblent des défauts préoccupants.
En toute logique, le candidat démocrate devrait être distancé depuis longtemps dans les sondages, mais il y a une force d’inertie dans tout électorat et aussi l’effet de troupeau. L’inertie est à l’œuvre chez les noirs qui vont voter démocrate à 80 % une fois encore sans discerner qu’aucun Président avant George Bush n’aura tant fait pour une Amérique aveugle aux couleurs et qu’aucun Président avant George Bush n’avait nommé des noirs à d’aussi hautes fonctions. L’inertie est à l’œuvre aussi chez les hispaniques, peut-être parce qu’ils sont en bas de l’échelle sociale, et qu’ils espèrent davantage d’un éventuel État-providence américain. Beaucoup plus inexplicable à mes yeux, les juifs Américains voteront, semble-t-il, à plus de 70 % « démocrate » : sans voir apparemment que si les Israéliens pouvaient voter ils voteraient Bush, parce que, à la différence des juifs américains, ils sont, eux, en première ligne dans la guerre en cours et comprennent ce qui est en jeu. L’effet de troupeau joue chez les jeunes, étudiants, bobos, branchés, chez les intellectuels : chez ces gens-là, on feint de penser et on pense qu’on est plus intelligent quand on vote démocrate, même si l’intelligence dont on parle consiste à répéter les mêmes imbécillités éculées depuis les années passées dans la contre-culture des années soixante. Il m’arrive, sans que cela n’ait rien de péjoratif, de penser (tant les électorats susdits sont habitués à voter démocrate) que si les démocrates avaient présenté face à Bush une vache laitière, elle susciterait leur enthousiasme…
Heureusement, il existe une autre Amérique, faite d’entrepreneurs, d’ouvriers, d’artisans, de soldats, de cow-boys, de vétérans de plusieurs guerres qui, elle, sans avoir beaucoup lu est plus intelligente que ceux qui ont lu tous les livres. Et je pense qu’on peut compter sur cette Amérique. Si Kerry était élu (je n’ose l’imaginer), je m’enfermerais dans mon bureau en attendant le pire, j’irais me réfugier dans ces terres du Texas que j’aime tant en espérant qu’aucun désastre majeur ne survienne. Si Bush est réélu, je serai délivré. Et je ne veux pas douter que Bush sera réélu. L’Amérique n’a pas fait ce genre d’erreur depuis longtemps : elle a voté Carter en 1976, mais elle a vu très vite ce que cela lui a coûté, et elle a rectifié en votant Reagan quatre ans et de nombreux dégâts plus tard. Elle a voté Clinton en 1992, et elle a fini par voir que cela a permis la structuration d’al Qaida, l’émergence de l’hyperterrorisme et des dizaines d’attentats-suicide au Proche-Orient. Je ne puis penser que l’Amérique fera ce genre d’erreurs aujourd’hui… Je ne puis le penser parce que je connais et j’aime l’Amérique. Je ne puis le penser, aussi, parce que je sais que l’Amérique est un pays différent : cette différence est analysée dans un livre important écrit par mon ami Yves Roucaute, « La puissance de la liberté » (PUF). (Acheter avecChapitre.com Acheter avec Amazon.fr ) Je ne puis qu’inciter ceux qui me lisent à lire aussi ce livre sur lequel je reviendrai, car il le mérite.

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