Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 07 juillet 2010
education, livres
Lors que la France était en plein débat sur l’identité nationale, les éditions du Trident rééditaient fort opportunément un petit recueil d’articles de l’historien Emmanuel Beau de Loménie sur l’enseignement de l’histoire depuis une centaine d’années.
Beau de Loménie est l’archétype de ces intellectuels qui ont atteint la notoriété et la maturité dans les années 1920 et 1930, que l’on a appelés les « non conformistes des années trente ».
Convaincus des faiblesses de la IIIe République, ils y cherchaient des solutions sans se soucier d’être étiquetés de droite ou de gauche… Et les uns devinrent des compagnons de route du stalinisme quand d’autres furent des défenseurs du fascisme et d’autres encore les inspirateurs d’une technocratie planiste, qui connut son heure de gloire sous le Front populaire, sous Vichy et sous la IVe République (ceci soit dit en passant pour les scribouillards manichéens ignorant des réalités de l’histoire !).
Beau de Loménie, quant à lui, n’a suivi aucun de ces trajets. Non-conformiste il était, non-conformiste il est resté.
Condamné par ce non-conformisme à vivre en dehors de l’université, il a écrit certains des livres qui auraient pu faire le plus honneur à l’université : plusieurs ouvrages sur Chateaubriand, mais surtout ce qui reste, à mon goût, son maître ouvrage : « Les responsabilités des dynasties bourgeoises ».
Pour ceux qui n’auraient pas lu ces cinq forts volumes, je ne saurais mieux faire que de vous en conseiller la lecture (la plume à la main, tant ces pages fourmillent de faits et d’idées fécondes). La thèse générale en est que les familles qui se sont le plus enrichies par l’acquisition des biens nationaux après 1789 ont constitué une sorte de coterie qui a pris possession non seulement de l’économie, mais aussi de la politique et de la culture de notre pays, sacrifiant tout à leur égoïsme.
La thèse, en soi, n’est pas originale. On en retrouve des vestiges dans la fameuse expression des « deux cents famille » de Daladier (c’est-à-dire ces familles qui monopolisaient l’assemblée générale de la Banque de France). Mais elle est profondément novatrice par la méthode : Beau de Loménie a étudié décennie par décennie les « élites » que l’on n’ose appeler « françaises » et a montré leur filiation et leur consanguinité. Le résultat est effarant.
Certes, il n’est pas nécessairement catastrophique que des élites soient largement héréditaires. Le problème tient à ce que ces « élites » particulières ne se sont jamais considérées au service du bien commun, mais ont toujours usé de la fortune publique pour leur propre intérêt.
Au lieu d’une économie libérale ou socialiste, nous sommes dans une économie accaparée. Et, si vous étudiez la crise bancaire actuelle, force est de constater que cette « privatisation des profits, nationalisation des pertes » reste d’actualité !
Mais revenons aux « pollueurs de l’histoire ». Beau de Loménie accuse les mandarins de l’université depuis 1890 environ d’avoir banni nos gloires nationales des sujets d’étude. Reprenant le mot de Péguy : « C’est la grandeur même qui les blesse », il montre comment l’université – et, par ricochet, tout l’enseignement de l’histoire en France, y compris en primaire – a rabaissé notre histoire de France.
Par mesquinerie jalouse, par anti-patriotisme, par snobisme hostile à l’« histoire événementielle », l’enseignement historique depuis plus de cent ans est un enseignement anti-français.
La conséquence n’est pas difficile à deviner. Nous l’avons d’ailleurs sous les yeux. Ayant appris dans leur jeunesse à mépriser ou à haïr les héros de notre histoire, les Français n’aiment plus leur pays. Voilà le cœur du problème pour l’identité nationale – et voilà ce que les autorités politiques et culturelles se sont bien gardées de mettre en lumière lors du fameux débat.
Corollaire de cette haine de soi, nous sommes absolument incapables d’intégrer les millions d’immigrés qui nous sont arrivés en un demi-siècle. Avec le culte « mémoriel » de la repentance, l’histoire anti-française est l’autre mâchoire de la tenaille qui nous arrache notre identité. Sortons-en et vite !
Emmanuel
Beau de Loménie
Les pollueurs de l’histoire
Éditions du Trident
188 pages
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