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L’état de grâce de Dominique de Villepin


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Rouxel Jean - dimanche 04 décembre 2005


Dominique de Villepin semble avoir une chance insolente. Les observateurs prévoyaient un mois de décembre aussi dur que celui de 1995 : grève illimitée à la SNCF, bientôt suivie de la RATP, Marseille paralysée depuis deux mois…
La surenchère syndicale, les élections prochaines à la SNCF, un contexte tendu entre la direction de la CGT et sa base, notamment dans la fédération Transports : tout concourait à faire de la grève de la semaine dernière une grève particulièrement dure.
Or, rien de tout cela n’est arrivé. La grève à la SNCF a été un échec : elle fut la moins suivie de toute l’année, avec moins de 30 % de grévistes. La grève à la RATP a à peine commencé. La grève à la RTM s’est enfin terminée. Et les médias, pour une fois, ne se sont pas fait faute de tirer à vue sur la CGT et ses arrière-pensées électorales. On a même entendu sur les ondes des salariés de la SNCF non grévistes, critiquant vertement l’attitude de la centrale ex-stalinienne !
Ainsi Dominique de Villepin peut-il, à nouveau, prendre la posture de la fermeté doublée d’une admirable propension au dialogue social : l’homme d’État parfait en somme !
Cette posture ne doit pas faire oublier que, dans le cas de la SNCF, avant même le début de la grève, le gouvernement avait décidé de capituler : le versement d’une prime substantielle (160 euros) au soir du premier jour en témoigne.
Il ne faut pas oublier non plus que la base de revendication du préavis de grève était pour le moins évanescente : s’opposer à une « privatisation rampante », cela manque un peu de précision et d’enracinement dans les faits !
Malgré cela, il faut tout de même constater l’extrême complaisance des médias envers le Premier ministre. S’il avait tenu bon, comme Juppé en 1995, ils auraient pu en faire un être borné et inapte au dialogue ; ayant cédé, ils auraient pu le décrire comme un mou et un irresponsable. Au lieu de quoi, tout se passe comme si les couronnes tressées pour Villepin étaient prêtes, quel que soit le résultat de la grève.
De là à conclure que les médias – et donc, vraisemblablement, les groupes financiers et industriels qui les possèdent – préféreraient que la droite se retrouve derrière Dominique de Villepin que derrière tout autre candidat (y compris Sarkozy), il n’y a qu’un pas.
Les échéances électorales étant encore loin, nous aurons tout le loisir de scruter les évolutions de cette nouvelle idylle journalistique. Tout en gardant en tête que la presse française n’a jamais fait montre d’une remarquable capacité de jugement…


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