Dumait Alain - samedi 10 janvier 2004
En 1848, Karl Marx commence son « Manifeste du Parti communiste » par une phrase qui a longtemps frappé les esprits, notamment de nos chers intellectuels : « un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme ». Et, pour terminer ce document d’une trentaine de pages, avant de s’écrier « prolétaires de tous les pays, unissez-vous », il déclarait « les communistes appuient en tous pays tous mouvements révolutionnaires contre l’ordre social et politique existant ». Le bloc soviétique s’est écroulé comme un château de cartes. Les théories économiques de Karl Marx ne sont plus défendues par personne. Mais la stratégie du Manifeste est toujours vivante. Il suffit, pour l’actualiser, de remplacer le mot « communisme » par celui de « terrorisme » ou d’« islamisme », et de mettre à la place de « révolutionnaire » le nouveau terme d’« altermondialiste »...
C’est toujours, contre la loi et l’ordre, la même sacro-sainte alliance des nihilistes, qui ont pour seul objectif commun la destruction d’une société qu’ils exècrent, qu’ils disent vouloir détruire, au nom d’un anti-libéralisme, d’un anti-capitalisme, d’un anti-américanisme, d’un anti-mondialisme, c’est tout un, mais qu’ils ne remplaceraient par rien d’autre que par un pur et simple chaos.
L’accolade échangée publiquement, en octobre, entre José Bové, le contestataire-vedette du Larzac, et Tariq Ramadan, nouveau théoricien du fondamentalisme islamique de nos banlieues, est à cet égard symptomatique d’une complicité que Karl Marx lui-même aurait sans doute approuvée.
C’est avec ces ennemis-là, présents à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières, en Europe et partout dans le monde, que nous allons devoir vivre désormais, et, pour ce faire, c’est contre eux qu’il nous faut lutter, en ayant toujours en tête les dangers que cette situation comporte, si possible avec lucidité et réalisme.
Beaucoup de nos concitoyens ont oublié un peu vite que le 11 septembre 2001 était, pour la partie la plus saine du monde occidental, le début d’une nouvelle guerre mondiale, contre le terrorisme et ses risques mortifères. Cette bataille est engagée. On a vu, au cours des mois précédents, qu’elle avait pour théâtres d’opérations non seulement l’Afghanistan et l’Irak, mais aussi, au moins au plan diplomatique, l’Iran, la Libye, la Corée du Nord et le Moyen-Orient. L’Amérique, avec à la tête de son gouvernement un certain George Bush, principal pays visé par l’ennemi, est naturellement à la tête de cette campagne.
Tous les pays du monde, la France comprise, doivent prendre position par rapport à ce conflit dont on ne mesure qu’à peine les conséquences, les incidences qu’il aura à long terme, sur les relations internationales, les échanges économiques, bref sur l’avenir de chacun d’entre nous. Mais personne ne pourra s’en abstraire. C’est au filtre de cette situation générale qu’il convient même d’analyser l’actualité de chaque jour.
Ainsi de la disparition du Boeing 737/300 de la compagnie égyptienne Flash Airlines, affrété par trois voyagistes français, qui s’est écrasé en mer au large de Sharm el-Cheikh dimanche dernier.
Au moment où nous écrivons ces lignes, il est encore impossible de déterminer les circonstances exactes de ce drame. Mais nous voulons fustiger l’empressement avec lequel les autorités françaises, toutes compétences réunies, dans la foulée des premières déclarations des autorités égyptiennes, ont tenu à écarter d’emblée l’hypothèse d’un attentat terroriste donnant ainsi l’impression de l’immixtion de considérations politiques dans une enquête qui, pour être objective, devrait être 100 % technique.
Or, les doutes allant plutôt dans le sens d’un attentat, sont nombreux et troublants. L’aéroport en question, qui a d’ailleurs été construit par les Israéliens lorsqu’ils occupaient ce lieu féerique sur la Mer rouge, est parfaitement équipé. Le décollage des avions n’y a jamais posé le moindre problème, surtout pour un Boeing 737 qui est actuellement l’un des appareils les plus sûrs du marché. Il est possible que cet avion, qui, en onze ans, avait semble-t-il changé sept fois de propriétaire, n’était pas très bien entretenu, mais il faut un concours de circonstances tout à fait exceptionnel pour qu’il plonge dans l’océan après un décollage normal puis un virage qui n’avait certainement pas pour but de le ramener vers la piste de l’aéroport. On ne peut donc exclure ni l’hypothèse d’une prise de contrôle de la cabine par un pirate, ni celle du sacrifice d’un des pilotes, comme on l’a vu non seulement le 11 septembre 2001, où tous les pilotes-kamikazes étaient comme par hasard égyptiens, mais comme on l’a vu également à d’autres reprises, puisqu’il semble bien aujourd’hui établi que, le 31 octobre 1999, près de l’Île de Nantucket, au large de la côte est américaine, c’est déjà volontairement que le copilote égyptien Jamil el-Batouty a précipité dans l’océan son Boeing 767 d’Egypt Air, avec ses 217 passagers.
Bien sûr qu’il ne faut pas voir des terroristes partout ! Mais il n’est plus possible non plus d’écarter a priori l’hypothèse de leurs forfaits
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