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L’étrange campagne du oui au référendum


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Rouxel Jean - dimanche 17 avril 2005


Après plusieurs semaines où les défenseurs du non à la Constitution européenne ont été seuls à parler clairement, les médias nous annoncent le lancement de la campagne du oui. Mais cette campagne commence à être fort étrange.
Tout d’abord, voici au moins trois fois qu’on nous parle de son lancement: lors du référendum interne au PS, lors du conseil national de l’UMP et, aujourd’hui, alors que le Président de la République est censé se jeter dans la bataille… Il n’est pas sûr que ces bégaiements au démarrage contribuent à asseoir la crédibilité du oui.
Ensuite, cette campagne répond à de curieuses logiques stratégiques. On assure avec aplomb aux électeurs qu’il ne s’agit pas d’un débat de politique interne, mais les tenants du oui, comme ceux du non, n’ont de cesse de diaboliser leurs adversaires sur la base d’arguments de politique intérieure (du style: si vous votez non, vous voterez comme Mme Buffet ou M. Le Pen, vous ne serez pas avec les gens « responsables »…).
On assure également aux électeurs que, puisque la campagne n’est pas de politique intérieure, on ne fera pas de campagne nationale, mais une « campagne de proximité ». C’est ainsi que l’UMP a annoncé son désir d’organiser une réunion publique réduite dans chacune des 577 circonscriptions… Comprenne qui pourra: on débat d’un texte ayant vocation à surplomber notre constitution et, plutôt que d’écouter le Premier ministre, on préfère laisser la parole aux sous-préfets!
Enfin, ce nouveau départ se fait dans les plus mauvaises conditions.  Jacques Chirac est la personne la moins bien placée pour relancer le oui: le non est surtout fort à gauche et les électeurs de gauche sont excédés d’avoir dû voter Chirac en 2002. Par ailleurs, les électeurs de droite savent à quoi s’en tenir sur ce quiquennat qui, malgré l’écrasante majorité de l’UMP, n’a toujours pas commencé à examiner les réformes urgentes!
En outre, le débat annoncé n’en sera pas un: aucun tenant du non ne sera invité à porter la contradiction au chef de l’État qui préfère jouer les instituteurs en s’adressant à des jeunes triés sur le volet, au milieu d’un brillant plateau d’animateurs « people ». Rien qui puisse redonner goût à la politique!
Bref, cette campagne pour le oui dépasse l’entendement. Il est d’ailleurs vraisemblable que le oui sera d’autant plus haut dans le résultat final que, de faux départ en vrais ajournements, la campagne n’aura jamais vraiment commencé…

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